L’Ancien Enfant est le troisième livre publié aux éditions POL de Pierre Chopinaud.
Premières notes de lecture. 6 avril 2026.
« Ainsi est dans cet être l’enfant de la langue prophétique amputé, trente-trois ans maintenant après qu’il est né, en 1937, dans une ravine de Samarie durant la Grande Révolte arabe du viol de sa mère nouri, et qu’il a été par elle emmené dans Jérusalem assiégée, où ils ont dormi à même la voie du martyre de Christ, avant qu’elle fût par les soldats anglais emmenée dans la géhenne où dans un mur de flammes montant de la fosse d’un charnier incendié elle fut engloutie. »
« Dans sa voix, toutefois, le lointain ne m’est pas son absence, mais le crible de la machine qui en troue l’étoffe d’amour qui jadis fut le lange chaud et parfumé dans quoi naissant j’ai été enveloppé. Le crible qui troue sa voix la sépare d’elle-même et me fait entendre là où j’étais avant d’être né. »
Ce roman de Pierre Chopinaud est fait d’une langue qui se souvient des massacrés. Ceux dont la mort a été produite par une violence organisée, par un pouvoir identifiable, dans des lieux et à des dates précises. La famine de 1851 en Irlande. Les soldats anglais à Nazareth en 1937. Hussein à Zarqa en 1970. Cette langue se souvient spécifiquement de ce qui a été fait à des corps par d’autres corps dans l’Histoire. Dans ce roman, la phrase ne peut pas se souvenir de ces morts sans simultanément se souvenir de qui les a fait mourir. Et chaque phrase se souvient aussi loin qu’il est possible de se souvenir, aussi loin qu’il y a Histoire. Mais cette langue ne peut se souvenir de ce qu’iels pensaient, de ce qu’iels auraient voulu dire. Elle ne se souvient pas de la voix, des mots articulés. La voix des massacrés y reste amputée, suturée, occluse. La langue se souvient mais ne peut restituer pleinement le dire. Ce qui reste c’est un souffle, un fredon, un susurre. Ce souffle, ce fredon, ce susurre — ce reste, cette mémoire — est la conspiration des enfants assassinés qui attendent dans l’éternité le pouvoir de revenir au monde. Dès lors, les massacrés de l’Histoire ne se laissent pas oublier totalement. D’eux persiste une mémoire qui se fait conspiration contre l’oubli. Si cette langue dans ce roman ne parle pas à la place des massacrés et qu’elle maintient leur voix occluse, suturée, intraduisible, c’est que cette voix maintenue comme inaudible est le projet éthique du livre — en cela qu’il se refuse à combler l’absence. La langue qui se souvient est un chant qui appelle sa translittération.
Avec l’Ancien Enfant Pierre Chopinaud construit une langue-sépulture à partir d’une logique de la phrase qui ne cesse de se souvenir avant d’arriver à ce qu’elle montre. Une phrase qui jamais ne commence par l’événement qu’elle va donner à voir, mais toujours par ce qui précède, ce qui a dû avoir lieu, ce qui pèse sur l’être avant que le regard l’atteigne. Le sujet grammatical est toujours précédé par le contexte, la date, la généalogie, la catastrophe. Avant que Finn – le personnage principal de ce livre – n’existe dans la phrase, l’Histoire est déjà là. Finn est introduit dans la mémoire avant d’être introduit dans la fiction, dans la mémoire des temps avant d’être projeté dans sa propre histoire. Et nous lecteurs nous entrons dans le récit par le cimetière qui conserve la mémoire des récits passés. « Là où j’étais avant d’être né ». Avant la naissance, l’histoire de celles et ceux qui nous ont précédé sur terre. C’est une mémoire anté-subjective. Quand Finn viendra à exister dans la phrase, il existera précédé, de sorte qu’aucune de ses actions ne pourra être lue comme un acte individuel. Les actions seront toujours déjà posées sur ce fond de dates inscrites sur les tombes, dates de charniers, de guerres, de catastrophes. Ainsi dans tout le roman la phrase ne cesse de se souvenir de l’Histoire collective. Dans cette descente, cette catabase, la phrase se souvient de la vie d’un être en particulier, de ce qu’il porte, de ce qui lui a été fait, puis elle remonte le courant de l’histoire avant sa naissance, avant le sujet lui-même, et se perd dans l’Histoire la plus lointaine, immémoriale. Le pronom démonstratif icelui, icelle, iceux, disparu du français contemporain, opère comme un fil qui relie chaque nouvelle occurrence d’un être à toutes ses occurrences antérieures. Le pronom ordinaire dit : voici l’être dont je parle maintenant. icelui, icelle, iceux, dit : voici l’être tel qu’il a déjà été mentionné, tel qu’il porte ce qu’on lui a fait. Le pronom est, en lui-même, un geste de mémoire phrastique qui refuse de désigner sans simultanément rappeler. Le subjonctif imparfait et plus-que-parfait, systématiquement maintenu là où le français contemporain l’a abandonné, inscrit les événements dans un passé irréversible. « L’abomination était si répugnante qu’il forma dans lui le vœu qu’elle n’eût jamais été. » C’est le temps de l’irréversible, de ce qui ne peut plus être défait. La phrase ferme le passé sur lui-même. Chaque subjonctif imparfait est une sépulture grammaticale. La locution « tant et si bien que » qui revient comme une formule de fermeture épique des blocs narratifs, force la phrase à tenir ensemble une chaîne causale très longue avant de la fermer. Elle dit : ce qui arrive maintenant est la résultante nécessaire de tout ce qui a eu lieu. Rien n’aurait pu se passer autrement. Elle est l’opérateur de l’irréversibilité dans la syntaxe longue comme le subjonctif imparfait en est l’opérateur dans la syntaxe courte. La nominalisation des infinitifs transforme un processus temporel en objet spatial. Le revenir par exemple, n’est pas le retour, c’est l’acte de revenir en train de se faire, solidifié en chose. La mémoire n’est pas un acte mental. Elle est un poids dans le corps. Et la préposition « dans lui », dit un volume de chair que la mémoire remplit. Ainsi le roman travaille littéralement à faire revenir quelque chose au monde. La phrase est l’instrument de ce programme. De sorte que chaque fois que la phrase retourne en arrière, elle tire quelque chose du charnier vers la surface. La phrase qui se souvient est une phrase qui ressuscite.
La mémoire n’opère pas seulement à l’échelle de la phrase. Elle structure l’architecture narrative entière du roman. L’Ancien Enfant est le récit du voyage de Finn, mais ce voyage s’effectue à travers le Livre des ossuaires de Wilbraham qui lui-même enchâsse les nuits que Meryem passe à conter son histoire à Wilbraham dans les rues de Jérusalem, qui elle-même enchâsse le fredon que lui a transmis sa mère Prosopée qui remonte jusqu’à la prostituée tatare de 1874 sur les rives de l’Euphrate. La structure de récits enchâssés va jusqu’à l’infini vers l’arrière. Cette architecture est la mémoire à l’échelle du livre entier. Chaque récit contient le récit qui le précède. Le roman se souvient de lui-même à mesure qu’il avance. La mémoire régit aussi bien le fonctionnement de la phrase que l’organisation des récits qui s’emboîtent les uns dans les autres.
« Le sanglot de l’homme sorti du cri de la bête à l’agonie : tel était le bruit du fredon que Finn avait la nuit funèbre de la sépulture de sa grand-mère entendu dans cet enfer, comme par la mort arraché de sa propre chair, et qu’il entendrait au fond de son âme dans la terreur toute sa vie. »
« Elle balançait la cadette près du feu dans son berceau de cèdre aux motifs de fleurs de la vallée du Jourdain, tulipes, coquelicots, jasmin et millepertuis, peints, dans la nuit des temps, par la mère de la mère de sa mère, qui lui avaient de mère en fille fait le temps traverser afin qu’y fussent de chacune bercés les enfants et que par le bercement ainsi que par le fredon à l’endormissement fredonné se perpétuât le matrimoine. »
Dans ce livre la phrase se fait chant. Chant par quoi les massacrés remontent à la surface, conspirent en le corps de Finn afin que par lui soit traduit le dire resté inaudible, étouffé par la conspiration des puissants, littéralisé dans un alphabet inconnu tatoué à même le corps d’un enfant dans un orphelinat de Zarqa. C’est la forme acoustique du revenir qui conspire vers la première et l’ultime parole qui mettra fin à l’Histoire des massacrés. Ainsi le fredon, point de passage, l’instant où le cri de la bête à l’agonie devient le sanglot de l’homme, encore avant la parole articulée mais déjà au-delà du simple cri. Arraché à la chair, comme la couche la plus profonde du langage que la langue-sépulture fait résonner tout le long du récit. Le fredon est le dire en langue morte. Une mélodie dont les paroles existent mais ne peuvent plus être entendues comme sens. Un son, une texture, une vibration. Le fredon est un revenir en langue morte qui ne cesse de revenir parce qu’il ne sait pas où se fixer, ne peut s’arrêter dans un sens, se stabiliser dans une signification définitive. Le fredon se transmet par le corps, de mère en fille, en langue morte, à travers le bercement. Le matrimoine est exactement ce que le patrimoine n’est pas : il ne passe pas par les mots, par les textes, par les institutions. Il passe par le corps, par le rythme, par la répétition d’un son dont la langue est morte. Ainsi le roman remonte la chaîne de cette transmission jusqu’en 1874 et une prostituée tatare sur les rives de l’Euphrate, dont la fille naît sur le rivage d’Alep. Cette fille, Mamaia, transmet le fredon à sa fille Prosopée, qui le transmet à Meryem, dont l’enfant — l’Ancien Enfant — a inventé un alphabet tatoué sur son corps que personne d’autre ne peut lire. La mère de Prosopée inscrite dans les registres de vente et d’achat des esclaves nourri comme une tête de bétail, ne se transmet pas dans cette grammaire du pouvoir. Elle et son histoire et l’histoire de ses ancêtres se transmettent dans le fredon en langue morte que Prosopée fredonne à ses enfants. La langue morte n’est pas morte parce qu’elle a été oubliée, mais parce qu’elle a survécu dans la seule forme que le pouvoir ne peut pas confisquer à savoir le rythme, la répétition d’un son, le chant de la mère à sa fille qui fait la fille devenir adulte et avec elle un outre-monde à même le monde des puissants qui la fera à son tour esclave ou prostituée. Ce que transmet la transmission matrilinéaire c’est un dedans dans le dedans, une mémoire qui survit à l’intérieur même de la condition servile.
Dans cette série de podcasts Frédéric Neyrat déplie pour nous quelques aspects de sa réflexion nous proposant d’identifier ce qui nous arrive et ce qui ne nous arrive pas avec les machines IA. Premier épisode : Les machines s’autonomisent sans pour autant devenir autonomes, premiers prémices d’un fascisme automatique spectralisant la liberté. Ici la liberté devient décombre et ruine des machine IA, parce que l’autonomie de la décision n’est plus située dans des sujets autonome. Pour le capitalisme de suivie, il s’agit de se passer de la délibération humaine pour garantir son expansion au-delà de la vie.
L’Ancien enfant de Pierre Chopinaud. La langue comme sépulture, la phrase comme descente.
L’Ancien Enfant est le troisième livre publié aux éditions POL de Pierre Chopinaud.
Premières notes de lecture. 6 avril 2026.
Ce roman de Pierre Chopinaud est fait d’une langue qui se souvient des massacrés. Ceux dont la mort a été produite par une violence organisée, par un pouvoir identifiable, dans des lieux et à des dates précises. La famine de 1851 en Irlande. Les soldats anglais à Nazareth en 1937. Hussein à Zarqa en 1970. Cette langue se souvient spécifiquement de ce qui a été fait à des corps par d’autres corps dans l’Histoire. Dans ce roman, la phrase ne peut pas se souvenir de ces morts sans simultanément se souvenir de qui les a fait mourir. Et chaque phrase se souvient aussi loin qu’il est possible de se souvenir, aussi loin qu’il y a Histoire. Mais cette langue ne peut se souvenir de ce qu’iels pensaient, de ce qu’iels auraient voulu dire. Elle ne se souvient pas de la voix, des mots articulés. La voix des massacrés y reste amputée, suturée, occluse. La langue se souvient mais ne peut restituer pleinement le dire. Ce qui reste c’est un souffle, un fredon, un susurre. Ce souffle, ce fredon, ce susurre — ce reste, cette mémoire — est la conspiration des enfants assassinés qui attendent dans l’éternité le pouvoir de revenir au monde. Dès lors, les massacrés de l’Histoire ne se laissent pas oublier totalement. D’eux persiste une mémoire qui se fait conspiration contre l’oubli. Si cette langue dans ce roman ne parle pas à la place des massacrés et qu’elle maintient leur voix occluse, suturée, intraduisible, c’est que cette voix maintenue comme inaudible est le projet éthique du livre — en cela qu’il se refuse à combler l’absence. La langue qui se souvient est un chant qui appelle sa translittération.
Avec l’Ancien Enfant Pierre Chopinaud construit une langue-sépulture à partir d’une logique de la phrase qui ne cesse de se souvenir avant d’arriver à ce qu’elle montre. Une phrase qui jamais ne commence par l’événement qu’elle va donner à voir, mais toujours par ce qui précède, ce qui a dû avoir lieu, ce qui pèse sur l’être avant que le regard l’atteigne. Le sujet grammatical est toujours précédé par le contexte, la date, la généalogie, la catastrophe. Avant que Finn – le personnage principal de ce livre – n’existe dans la phrase, l’Histoire est déjà là. Finn est introduit dans la mémoire avant d’être introduit dans la fiction, dans la mémoire des temps avant d’être projeté dans sa propre histoire. Et nous lecteurs nous entrons dans le récit par le cimetière qui conserve la mémoire des récits passés. « Là où j’étais avant d’être né ». Avant la naissance, l’histoire de celles et ceux qui nous ont précédé sur terre. C’est une mémoire anté-subjective. Quand Finn viendra à exister dans la phrase, il existera précédé, de sorte qu’aucune de ses actions ne pourra être lue comme un acte individuel. Les actions seront toujours déjà posées sur ce fond de dates inscrites sur les tombes, dates de charniers, de guerres, de catastrophes. Ainsi dans tout le roman la phrase ne cesse de se souvenir de l’Histoire collective. Dans cette descente, cette catabase, la phrase se souvient de la vie d’un être en particulier, de ce qu’il porte, de ce qui lui a été fait, puis elle remonte le courant de l’histoire avant sa naissance, avant le sujet lui-même, et se perd dans l’Histoire la plus lointaine, immémoriale. Le pronom démonstratif icelui, icelle, iceux, disparu du français contemporain, opère comme un fil qui relie chaque nouvelle occurrence d’un être à toutes ses occurrences antérieures. Le pronom ordinaire dit : voici l’être dont je parle maintenant. icelui, icelle, iceux, dit : voici l’être tel qu’il a déjà été mentionné, tel qu’il porte ce qu’on lui a fait. Le pronom est, en lui-même, un geste de mémoire phrastique qui refuse de désigner sans simultanément rappeler. Le subjonctif imparfait et plus-que-parfait, systématiquement maintenu là où le français contemporain l’a abandonné, inscrit les événements dans un passé irréversible. « L’abomination était si répugnante qu’il forma dans lui le vœu qu’elle n’eût jamais été. » C’est le temps de l’irréversible, de ce qui ne peut plus être défait. La phrase ferme le passé sur lui-même. Chaque subjonctif imparfait est une sépulture grammaticale. La locution « tant et si bien que » qui revient comme une formule de fermeture épique des blocs narratifs, force la phrase à tenir ensemble une chaîne causale très longue avant de la fermer. Elle dit : ce qui arrive maintenant est la résultante nécessaire de tout ce qui a eu lieu. Rien n’aurait pu se passer autrement. Elle est l’opérateur de l’irréversibilité dans la syntaxe longue comme le subjonctif imparfait en est l’opérateur dans la syntaxe courte. La nominalisation des infinitifs transforme un processus temporel en objet spatial. Le revenir par exemple, n’est pas le retour, c’est l’acte de revenir en train de se faire, solidifié en chose. La mémoire n’est pas un acte mental. Elle est un poids dans le corps. Et la préposition « dans lui », dit un volume de chair que la mémoire remplit. Ainsi le roman travaille littéralement à faire revenir quelque chose au monde. La phrase est l’instrument de ce programme. De sorte que chaque fois que la phrase retourne en arrière, elle tire quelque chose du charnier vers la surface. La phrase qui se souvient est une phrase qui ressuscite.
La mémoire n’opère pas seulement à l’échelle de la phrase. Elle structure l’architecture narrative entière du roman. L’Ancien Enfant est le récit du voyage de Finn, mais ce voyage s’effectue à travers le Livre des ossuaires de Wilbraham qui lui-même enchâsse les nuits que Meryem passe à conter son histoire à Wilbraham dans les rues de Jérusalem, qui elle-même enchâsse le fredon que lui a transmis sa mère Prosopée qui remonte jusqu’à la prostituée tatare de 1874 sur les rives de l’Euphrate. La structure de récits enchâssés va jusqu’à l’infini vers l’arrière. Cette architecture est la mémoire à l’échelle du livre entier. Chaque récit contient le récit qui le précède. Le roman se souvient de lui-même à mesure qu’il avance. La mémoire régit aussi bien le fonctionnement de la phrase que l’organisation des récits qui s’emboîtent les uns dans les autres.
Dans ce livre la phrase se fait chant. Chant par quoi les massacrés remontent à la surface, conspirent en le corps de Finn afin que par lui soit traduit le dire resté inaudible, étouffé par la conspiration des puissants, littéralisé dans un alphabet inconnu tatoué à même le corps d’un enfant dans un orphelinat de Zarqa. C’est la forme acoustique du revenir qui conspire vers la première et l’ultime parole qui mettra fin à l’Histoire des massacrés. Ainsi le fredon, point de passage, l’instant où le cri de la bête à l’agonie devient le sanglot de l’homme, encore avant la parole articulée mais déjà au-delà du simple cri. Arraché à la chair, comme la couche la plus profonde du langage que la langue-sépulture fait résonner tout le long du récit. Le fredon est le dire en langue morte. Une mélodie dont les paroles existent mais ne peuvent plus être entendues comme sens. Un son, une texture, une vibration. Le fredon est un revenir en langue morte qui ne cesse de revenir parce qu’il ne sait pas où se fixer, ne peut s’arrêter dans un sens, se stabiliser dans une signification définitive. Le fredon se transmet par le corps, de mère en fille, en langue morte, à travers le bercement. Le matrimoine est exactement ce que le patrimoine n’est pas : il ne passe pas par les mots, par les textes, par les institutions. Il passe par le corps, par le rythme, par la répétition d’un son dont la langue est morte. Ainsi le roman remonte la chaîne de cette transmission jusqu’en 1874 et une prostituée tatare sur les rives de l’Euphrate, dont la fille naît sur le rivage d’Alep. Cette fille, Mamaia, transmet le fredon à sa fille Prosopée, qui le transmet à Meryem, dont l’enfant — l’Ancien Enfant — a inventé un alphabet tatoué sur son corps que personne d’autre ne peut lire. La mère de Prosopée inscrite dans les registres de vente et d’achat des esclaves nourri comme une tête de bétail, ne se transmet pas dans cette grammaire du pouvoir. Elle et son histoire et l’histoire de ses ancêtres se transmettent dans le fredon en langue morte que Prosopée fredonne à ses enfants. La langue morte n’est pas morte parce qu’elle a été oubliée, mais parce qu’elle a survécu dans la seule forme que le pouvoir ne peut pas confisquer à savoir le rythme, la répétition d’un son, le chant de la mère à sa fille qui fait la fille devenir adulte et avec elle un outre-monde à même le monde des puissants qui la fera à son tour esclave ou prostituée. Ce que transmet la transmission matrilinéaire c’est un dedans dans le dedans, une mémoire qui survit à l’intérieur même de la condition servile.
INDEX
A
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B
Francis Bacon - Alain Badiou - Jean-Christophe Bailly - Aïcha M’Barek - Gil Bartholeyns - Bas Jan Ader - Fabiana Bartuccelli - Georges Bataille - Jean Baudrillard - Nacera Belaza - Mathieu Bellahsen - Mustapha Benfodil - Fethi Benslama - Tal Beit-Halachmi - Mehdi Belhaj Kacem - Véronique Bergen - Augustin Berque - Jérôme Bertin - Elizabeth Bishop - Sean Bonney - Maurice Blanchot - Michel Blazy - Max Blecher - François Bon - Christophe Bonneuil - Erik Bordeleau - Hélène Bordes - Oscarine Bosquet - Dominique Boivin - Patrick Bouchain - Brassaï - Alain Brossat - Mathieu Brosseau - Judith Butler
C
Valérie Cabanes - Romain Candusso - Anna Carlier - Nicolas Carras - Jean-Philippe Cazier - Elisa Cecchinato - Boris Charmatz - Max Charvolen - Ronan Chéneau - Sonia Chiambretto - Pierre Chopinaud - Gilles Clément - Lambert Clet - Daniela Cerqui - Yves Citton - Emanuele Coccia - Benjamin Cohen - Danielle Collobert - Muriel Combes - Alain Condrieux - Mona Convert - Volmir Cordeiro - Sylvain Courtoux - Martin Crowley - Jean Paul Curnier
D
Abdelkader Damani - Eric Darsan - Jodi Dean - Justin Delareux - Raphaëlle Delaunay - Gilles Deleuze - Fabien Delisle - Christine Delphy - Philippe Descola - Vinciane Despret - Gérard Dessons - Hafiz Dhaou - Georges Didi-Huberman - Catherine Diverres - Daniel Dobbels - Elsa Dorlin - Christoph Draeger - Florent Draux - Olivier Dubois - Frédéric Dumont - Raphaël Dupin - Vincent Dupont - Marguerite Duras - Isabelle Duthoit
E
Fred L'Epée - eRikm - Jean-Michel Espitallier - Félix Boggio Ewanjé-Epée
F
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H
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J
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