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Calais, The Jungle, 16 oct. 2016

Réalisation > Emmanuel Moreira

Mon amour,
Dimanche 16 octobre 2016, j’ai pris le train pour Calais. Aller-retour.
J’y suis allé pour voir cette jungle que le gouvernement veut raser.
Je n’y vais pas seul, une soixantaine d’avocats convergent vers Calais pour informer les migrants de leurs droits.

Comment te dire ce que j’ai vu. Une ville de baraques et de tentes avec ses rues, ses trottoirs, ses quartiers, ses restaurants, ses boutiques, ses habitations, ses écoles, ses lieux de cultes et son belvédère – ce point de vue recherché par les touristes d’où l’on embrasse du regard l’étendue d’une ville.
Des files d’attente aussi, des files d’attente pour la distributions de nourriture, des files d’attente pour la douche, des files d’attente pour l’électricité.

Une ville précaire, mais une ville quand bien même. Avec son économie, ses quartiers riches et ses quartiers pauvres. Et puis il y a l’Etat. L’Etat qui tente de s’y imposer avec son quartier ultrasécurisé interdit aux visiteurs, fait de containers, coupé de la ville, fait pour que la ville n’y entre pas. Fait pour que la ville n’y soit pas possible. Fait pour que la vie se réduise au sommeil. L’Etat encore avec sa rationalisation administrative faite pour décourager.
A Calais, l’Etat veut tuer la vie, c’est son obsession et la vie ici c’est la ville. Alors, après l’avoir asphyxiée avec ses cheik point, sa juridiction administrative, il veut maintenant la raser au bulldozer, chasser les habitants, les disperser. Les muscles de l’Etat c’est toujours une machine à tuer, à détruire.

A midi, après le repas, je me suis laissé aller à la sieste, dans l’un de ces nombreux restaurants, fait aussi bien pour manger, s’abriter de la pluie ou dormir. L’après-midi nous sommes allés à la plage. C’est à quelques mètres, en bordure de la ville, le long de ce qu’il faut bien appeler une frontière militarisé. La plage. Cet horizon cruel, qui nous fait refluer vers la jungle. La Jungle, cette ville improvisée coincée entre la mer et les barbelés. Calais aurait pu être un port, c’est un camps. Un camps, mais une ville quand bien même.

La frontière ici est terrifiante. Deux hautes barrières surmontées par des barbelés militaires, des miradors ultramodernes, une compagnie de CRS à demeure et l’autoroute. Le chemin qui mène à la plage porte en lui les stigmates de la répression, des batailles quotidiennes avec la police. Chaque nuit c’est à recommencer. Le jour ici est fait pour la nuit.

Calais, 16 octobre 2016.

 

Liens:
Calais, situation, par le PEROU : New Jungle Delire.
La « jungle » et la « ville »
Dans la ville des jungles

 

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