20 janvier 2011 – 4 février 2011. La vie manifeste suit les pas de la danse au Maroc. A Marrakech, et à Casablanca s’inventent des possibles, entre eux des trajectoires se tissent. Sur les pas de Bernardo Montet, avec Taoufiq Izeddiou à Marrakech (festival On marche) et Meryem Jazouli à Casablanca ( Espace Darja ). /////////// story blogging
Tunisie, Egypte, Yemen, Jordanie, Maroc, Madagascar …, des territoires qui ne cessent d’occuper nos esprits, nos regards, nos conversations.
//////////// On Marche.(6° édition)
Quelque soit la fatigue, le monde, le corps, cela est encore et pour la sixième fois. Et dans ce qui du monde s’affole, et dans ce qui du monde se lasse et délaisse, il y a cet espace qui surgit. Un lieu s’ouvre et c’est tout l’espace qui paraît. Ce qui s’invite dans cet espace est une conversation interminable, sans cesse reprise et dépliée : être seul ensemble, que seul soit possible et se partage. La fin d’un mouvement des corps est une histoire racontée aux enfants pour mettre fin à leurs fabulation qui les écartent d’un chemin déjà tracé, c’est une histoire pour mettre fin aux possibles. Or qui peut faire que cesse tout mouvement, toute marche réelle ou imaginaire. Ce sera le temps des solitudes reliées.
Nous sommes si collés que nous nous marchons dessus, nos oreilles sont si proches des bouches que nous ne nous entendons plus et nos bouches sur notre visage et notre visage si collé aux corps que nos bouches collées et nos bouches ne parlent plus parce que nos bouches si collées et emplâtrées ne sont plus des bouches à voix, au mieux crions nous, au pire crions nous, mais qui pour nous entendre ?
Nous sommes si seuls. Non. Nous n’avons jamais su être seul. Nous sommes ensemble. Non. Nous n’avons jamais su être ensemble.
Reprenons alors par ici. Nous sommes à Marrakech et Taoufiq Izeddiou nous invite à faire le chemin. Il nous dit alors : pour la sixième édition j’offre à voir des spectacles de danse autour du solo. Et nous serons plusieurs à danser nos solo. Et nous serons plusieurs à voir des solo. Des soli pour le pluriel. Cette année la danse être seul à plusieurs…
Bien sûr le solo en danse c’est une question d’économie.
Or c’est aussi une autre économie qui vient se mettre en jeu. Le danseur est seul et lui seul est face à un espace qu’il doit peupler, dépeupler et repeupler. Et pour cette danse de solitude c’est toute une dépense qui est en jeu, une dépense incroyable, incalculable. On dit aussi incommensurable.
Qu’est ce alors qu’une solitude dansante, serait-ce faire danser son corps seul et seul semble insuffisant, c’est une solitude peuplée qui se donne à voir. Georges Didi-Huberman dit avec le danseur, le solo chez un danseur c’est faire danser ses solitudes et il appellera son livre le danseurs des solitudes. Dans un geste il y a tous les gestes, celui des anciens, des contemporains et aussi celui de ceux qui ne sont pas encore venus, mais qui dans cette danse des solitudes viennent. Dans un geste c’est tout le monde qui se condense et se trouve relancé dans un éclatement, une multitude. Une solitude est elle-même un espace suffisamment vaste pour qu’il se peuple , ce n’est pas l’individu mais elle s’appuie sur l’espacement entre chacun, un espacement dont le touché n’est pas écarté, l’espacement n’est pas non plus une ligne qui viendrait séparer et diviser. Cet espacement c’est du temps, le déploiement de la voix, l’adresse à l’autre, la venue de l’autre, le déploiement d’un geste qui ne cherche plus à écarter et à s’en sortir seul, mais un geste qui accompagne d’autres gestes sans qu’il s’étouffe.
Amandine André
////////////////////////// On marche, au rythme du Maroc
Dialogue, Taoufiq Izeddiou (dir artistique du festival On Marche )
& Jérôme Bloch (dir de l’Institut Français de Marrakech)
/////////////////////////////////////////////////////// Conversation avec Adil Amimi, maître Gnawa
Dimanche. Autour d’un café nous rencontrons Adil Amimi. Nous poursuivons une conversation qui a commencé un matin à Tours il y a 6 mois. Cette fois elle est enregistrée. Nous sommes plusieurs autour d’une table, il est 10h. Nous commençons la conversation avec Adil, nous abordons sa rencontre avec la musique et la confrérie gnawa. Le chemin parcouru et de cette musique et du musicien. Deux histoires se mêlent. Une musique née d’un déracinement et la manière dont les maîtres gnawa en sont les héritiers et les passeurs. Adil est un maître de cette tradition, temps ancien qui se mêle aujourd’hui avec la modernité lorsque Adil partage sa musique avec la danse contemporaine. Nous cheminons alors autour de la question de la transmission et de son geste, de la possibilité de l’écriture de cette musique, de la fabrication de l’instrument qui demande une attention et un temps, de l’écoute du corps. De la découverte de La création contemporaine avec O. More de Bernardo Montet, avec Taoufiq Izeddiou.
//////////////////////////// Bernardo Montet, présence au Maroc #01
//////////////////////////////////// Bernardo Montet, présence au Maroc #02
Pas d’être-avec l’autre, pas de socius sans cet avec-là (avec les fantômes) qui nous rend l’être-avec en général plus énigmatique que jamais. (…)
Cet être-avec les spectres serait aussi, une politique de la mémoire, de l’héritage et des générations. (…)
Il faut parler du fantôme, au fantôme et avec lui, dès lors qu’aucune éthique, aucune politique, révolutionnaire ou non, ne paraît possible et pensable et juste, qui ne reconnaisse à son principe le respect pour ces autres qui ne sont plus ou pour ces autres qui ne sont pas encore là, présentement vivants, qu’ils soient déjà morts ou qu’ils ne soient pas encore nés. (…)
Aucune justice ne paraît pensable, possible, sans le principe de responsabilité au-delà de tout présent vivant, devant les fantômes de ceux qui ne sont pas encore nés ou qui sont déjà morts, victimes ou non des guerres, des violences politiques ou autres, des exterminations nationalistes, racistes, colonialistes, sexistes ou autres, des oppressions de l’impérialisme capitaliste ou de toutes les formes du totalitarismes. (…)
La chair et la phénoménalité, voilà ce qui donne à l’esprit son apparition spectrale, mais disparaît aussitôt dans l’apparition, dans la venue même du revenant ou le retour du spectre. (…)
Il y a du disparu dans l’apparition même comme réapparition du disparu. (…)
Le spectre est une présence – non présence. Entre quelque chose et quelqu’un. (…)
Il n’est encore rien qui ne se voie
Il n’est plus rien qui se voie
Il a été vue. Jacques Derrida, Spectres de Marx (extraits)
Regard #01 à propos d’Isao pièce chorégraphique de
Bernado Montet et Gaby Saranouffi.
Et s’il fallait concevoir la politique comme relevant d’une réponse forcément maladroite, à une question dont on ne sait jamais si elle se pose vraiment, ni à qui ? Et si l’incertitude dont témoigne cette question pouvait être perçue, dans l’Europe d’aujourd’hui, avec autre chose que de la tristesse, de la culpabilité ou du dépit ? Et si l’on essayait de redéfinir la conscience de « gauche » par le fait d’être « mal-à-droite » ?
« Qu’aucune situation ne soit jamais close, suturée à ses lois au point de ne pouvoir passer au-delà d’elle-même, telle est la conviction à laquelle se nourrit toute résistance. Que le règne du statu quo ne soit pas une fatalité devant laquelle s’incliner, qu’il n’y ait d’horizon qui interdise le lever d’horizons alternatifs, tel est son pari. » Véronique Bergen
Une solitude parmi nous danse ses solitudes
20 janvier 2011 – 4 février 2011. La vie manifeste suit les pas de la danse au Maroc. A Marrakech, et à Casablanca s’inventent des possibles, entre eux des trajectoires se tissent. Sur les pas de Bernardo Montet, avec Taoufiq Izeddiou à Marrakech (festival On marche) et Meryem Jazouli à Casablanca ( Espace Darja ). /////////// story blogging
Tunisie, Egypte, Yemen, Jordanie, Maroc, Madagascar …, des territoires qui ne cessent d’occuper nos esprits, nos regards, nos conversations.
//////////// On Marche. (6° édition)
Quelque soit la fatigue, le monde, le corps, cela est encore et pour la sixième fois. Et dans ce qui du monde s’affole, et dans ce qui du monde se lasse et délaisse, il y a cet espace qui surgit. Un lieu s’ouvre et c’est tout l’espace qui paraît. Ce qui s’invite dans cet espace est une conversation interminable, sans cesse reprise et dépliée : être seul ensemble, que seul soit possible et se partage. La fin d’un mouvement des corps est une histoire racontée aux enfants pour mettre fin à leurs fabulation qui les écartent d’un chemin déjà tracé, c’est une histoire pour mettre fin aux possibles. Or qui peut faire que cesse tout mouvement, toute marche réelle ou imaginaire. Ce sera le temps des solitudes reliées.
Nous sommes si collés que nous nous marchons dessus, nos oreilles sont si proches des bouches que nous ne nous entendons plus et nos bouches sur notre visage et notre visage si collé aux corps que nos bouches collées et nos bouches ne parlent plus parce que nos bouches si collées et emplâtrées ne sont plus des bouches à voix, au mieux crions nous, au pire crions nous, mais qui pour nous entendre ?
Nous sommes si seuls. Non. Nous n’avons jamais su être seul. Nous sommes ensemble. Non. Nous n’avons jamais su être ensemble.
Reprenons alors par ici. Nous sommes à Marrakech et Taoufiq Izeddiou nous invite à faire le chemin. Il nous dit alors : pour la sixième édition j’offre à voir des spectacles de danse autour du solo. Et nous serons plusieurs à danser nos solo. Et nous serons plusieurs à voir des solo. Des soli pour le pluriel. Cette année la danse être seul à plusieurs…
Bien sûr le solo en danse c’est une question d’économie.
Or c’est aussi une autre économie qui vient se mettre en jeu. Le danseur est seul et lui seul est face à un espace qu’il doit peupler, dépeupler et repeupler. Et pour cette danse de solitude c’est toute une dépense qui est en jeu, une dépense incroyable, incalculable. On dit aussi incommensurable.
Qu’est ce alors qu’une solitude dansante, serait-ce faire danser son corps seul et seul semble insuffisant, c’est une solitude peuplée qui se donne à voir. Georges Didi-Huberman dit avec le danseur, le solo chez un danseur c’est faire danser ses solitudes et il appellera son livre le danseurs des solitudes. Dans un geste il y a tous les gestes, celui des anciens, des contemporains et aussi celui de ceux qui ne sont pas encore venus, mais qui dans cette danse des solitudes viennent. Dans un geste c’est tout le monde qui se condense et se trouve relancé dans un éclatement, une multitude. Une solitude est elle-même un espace suffisamment vaste pour qu’il se peuple , ce n’est pas l’individu mais elle s’appuie sur l’espacement entre chacun, un espacement dont le touché n’est pas écarté, l’espacement n’est pas non plus une ligne qui viendrait séparer et diviser. Cet espacement c’est du temps, le déploiement de la voix, l’adresse à l’autre, la venue de l’autre, le déploiement d’un geste qui ne cherche plus à écarter et à s’en sortir seul, mais un geste qui accompagne d’autres gestes sans qu’il s’étouffe.
Amandine André
////////////////////////// On marche, au rythme du Maroc

Dialogue, Taoufiq Izeddiou (dir artistique du festival On Marche )
& Jérôme Bloch (dir de l’Institut Français de Marrakech)
/////////////////////////////////////////////////////// Conversation avec Adil Amimi, maître Gnawa
Dimanche. Autour d’un café nous rencontrons Adil Amimi. Nous poursuivons une conversation qui a commencé un matin à Tours il y a 6 mois. Cette fois elle est enregistrée. Nous sommes plusieurs autour d’une table, il est 10h. Nous commençons la conversation avec Adil, nous abordons sa rencontre avec la musique et la confrérie gnawa. Le chemin parcouru et de cette musique et du musicien. Deux histoires se mêlent. Une musique née d’un déracinement et la manière dont les maîtres gnawa en sont les héritiers et les passeurs. Adil est un maître de cette tradition, temps ancien qui se mêle aujourd’hui avec la modernité lorsque Adil partage sa musique avec la danse contemporaine. Nous cheminons alors autour de la question de la transmission et de son geste, de la possibilité de l’écriture de cette musique, de la fabrication de l’instrument qui demande une attention et un temps, de l’écoute du corps. De la découverte de La création contemporaine avec O. More de Bernardo Montet, avec Taoufiq Izeddiou.
//////////////////////////// Bernardo Montet, présence au Maroc #01
//////////////////////////////////// Bernardo Montet, présence au Maroc #02
////////////////////////////////////////////////////////////////////// REGARDS
Regard #01 à propos d’Isao pièce chorégraphique de
Bernado Montet et Gaby Saranouffi.
lien à suivre, entretien avec Bernardo Montet
///////////////////////////////////////////////////////////////////// REGARDS
Rencontre avec Hafiz Dhaou et Aïcha M’Bareck à propos de Kawa solo à deux
Regard #02 à propos de Kawa solo à deux,
pièce chorégraphique de Hafiz Dhaou et Aïcha M’Bareck
Regard #03 à propos de Kawa solo à deux,
pièce chorégraphique de Hafiz Dhaou et Aïcha M’Bareck
///////////////////////////////////////////////////////////////////// REGARDS
Regards croisés à propos d’Eikon de Raphaëlle Delaunay.
PHOTOGRAPHIES DE MY MHAMED SAADI /////////////////////////////////////////////////////
////////////////////////////////////////////////////////// ESPACE DARJA, CASABLANCA
Rencontre avec Mostafa Ahbourrou, danseur
Texte : Amandine André
Audio : Emmanuel Moreira
Vidéo : Maud Martin
Photographie : Saadi My Mhamed
LITTÉRATURE ET PENSÉE
Revue lignes n°38
Contributeurs: Michel Surya, Véronique Bergen, Philippe Hauser, Alain Hobé, Jacques Brou, Mathilde Girard, Mathieu Bénézet, Philippe Lacoue-Labarthe, Jacob Rogozinski, Sylvain Santi, Michael Trahan, Gisèle Berkman, Boyan Manchev, Jean-Paul Michel, Alain Jugnon, Olivier Jacquemond, Léa Veinstein, François Brémondy, Michèle Cohen-Halimi, Laurent Evrard, Emmanuel Laugier, Marc Nichanian, François Athané
Poser la question de la littérature et de la pensée, ce n’est pas faire d’elles deux questions que poserait la situation faite à l’une et à l’autre. C’est faire de l’une pour l’autre une question, la question que poserait leur rapport, quelle que soit la situation (à quelque époque que ce soit, mais à la nôtre, tout de même, principalement). Rapport dont il arrive – le plus souvent – qu’il n’existe pas. Formes, enjeux, objets, etc. les différencieraient par principe. La littérature, dans sa masse, ignore d’ailleurs la pensée (s’en passe, ne veut pas avoir affaire avec). La pensée, moins, qui cite volontiers la littérature, s’en sert, y trouve de quoi alimenter ses représentations, auxquelles la littérature peut en effet tenir lieu d’exemple, de « preuve ». Pas cependant au point que leur distinction doive s’effacer. D’un tel effacement, une confusion résulterait que l’une ne craint apparemment pas moins que l’autre, même si c’est pour des raisons en partie opposées.
Faisons cependant comme s’il ne suffisait pas de penser ce que la littérature donne à penser, entre autres à la « pensée » (par exemple à la philosophie), mais ce qu’elle-même pense en tant qu’elle ne cesse pas d’être la littérature. Les noms sont nombreux qui y prêtent, de ceux qui se tiennent à l’articulation de l’une et de l’autre : Proust, Kafka, Musil, Joyce, Borges, Broch, Artaud, Beckett, Celan, etc. ; ou de ceux qui ont porté plus loin la possibilité de leur indisctinction : Blanchot, Bataille, Klossowski, etc. ; de ceux enfin qui se sont illustrés aussi bien dans le registre de la littérature que dans celui de la philosophie (Sartre, pour n’en citer qu’un, lequel n’a pas écrit que de la littérature et de la philosophie, mais encore de la philosophie à partir de la littérature – à partir de Genet, Flaubert) ?
Des rapports de la pensée à la littérature, tout le monde semble donc à peu près savoir ce qu’il en est, a fortiori si c’est à des « penseurs » que la question est posée (c’est le cas de la plupart ici). Mais est-ce si sûr ? Qu’en est-il donc pour la pensée que la littérature elle-même pense, comme par surcroît ? Et que pense-t-elle que la pensée ne penserait pas, ou pas assez ? Qu’est-ce qu’une pensée qui ferait réellement l’expérience de la littérature, la lisant réellement pour ce qu’elle est ? Se peut-il que la littérature ait possiblement quelque chose en propre que la pensée n’aurait pas, même du point de vue de la pensée ? Qui sait, que celle-ci fuirait ? Que son histoire lui ferait fuir (ce que la littérature a volontiers de « bas », de tragique ou de trivial, que la pensée n’a pas) ? Questions que posait l’invitation à collaborer à ce numéro ; d’autres naissent des réponses elles-mêmes.