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Décembre

Les fruits de décembre
se goûtent
froids

***

Le froid a tout épaissi
La lumière a filé sa lame
sur les reflets blancs de la glace
Derrière les champs d’herbe gelés
la rumeur épaisse des arbres fabrique
ses nuages

***

Au fond l’éclat sanglant du bleu
le souffle de métal
des survivants

***

Les matins de glace
redonnent de l’épaisseur
à la respiration
il faut vite opter pour le mouvement
souffler sur ses doigts
se mettre en route
Ici
les pas comptent doubles

***

Je pense à Erri de Luca
qui grimpe sa montagne
à Théodore Monod aussi
dans les nuits glacées du désert
leurs pieds
leurs couteaux
leurs bouches

***

Est ce que c’est ce pigeon engourdi par le froid
le temps figé au bord des routes
le givre sur la voiture
le durcissement

***

Les premiers matins de décembre
naissent au dessus des fleuves
serpentent le long de la source
enflent par dessus les bois
gagnent
cristaux après cristaux

***

Bien poser le pied
des pas courts
assurés
On ne peut pas marcher
comme on pose des questions

***

Il y a cette étincelle
précieuse
une planète dans la goutte
qui pend du bec d’un oiseau

***

Décembre
des cendres
La terre retournée
craque

***

Roupie de Sansonnet

***

Poème chaussette
flocon
ou allumette

***

Les racines rétractées
la sève
au goutte à goutte
la paille des nids glacés
écoute
le prix des choses

***

Les chevaux sont plus libres
en hiver
plus sauvages
les sentiers

***

le silence n’est plus le silence
les fossés font des vacarmes
de monuments

***

Décembre dans les ventres
sur les doigts
dans les dents

***

Thomas Vinau

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