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Bure, 18 février 2017

Il y a quelques jours, je découvrais l’ouvrage de John d’Agata, Yucca Mountain, publié aux éditions Zones sensibles. En 1980, un an après l’accident du réacteur de la centrale de Three Mile Island, le Comité américain de l’énergie atomique fait pression sur le Congrès pour que tous les déchets nucléaires du pays soient stockés sur un seul site. Ce sera Yucca Mountain, à 140 kilomètres de Las vegas, Nevada.

En France aussi nous avons notre Yucca Mountain. Un projet d’enfouissement des déchets nucléaire. Un centre de stockage profond de 15 km², à 500m de profondeur. Une installation destinée à être fermée définitivement, pour 100 000 ans. 85 000 m3 de déchets radioactifs, y seront enfoui. Des déchets dont la radioactivité peut mettre plusieurs centaines de milliers d’années à disparaître. Une fois les déchets enfoui, les galeries sont remblayées, les installations de surface seront démantelées.

Inutile de fouiller davantage pour comprendre qu’aucune science, ne peut garantir la viabilité d’un projet comme celui-ci. 100 000 ans. Et, au lieu d’arrêter la production des déchets nucléaire, ce monde s’obstine à en produire chaque jour davantage.

réalisation : Emmanuel Moreira

 

Alors, c’est dans le village de Bure, dans la Meuse, que L’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs a décidée de construire sa poubelle radioactive. Pour ce faire, elle a construit un laboratoire dit CIGEO (centre industriel de stockage géologique) et dérobée la forêt du Bois Lejuc.
Juillet 2016, cette Agence commence la construction d’un gigantesque mur de 2 m de haut, 3,8 km de long, sur 140 ha pour clôturer la forêt et ainsi, soustrait du regard, la défricher et débuter des travaux.

Le Mur sera abattu par 300 opposants et l’Andra condamnée par le tribunal de Grande instance à remettre les zones déboisées en état. Fin janvier, le 30 exactement, un ingénieur de l’ANDRA verse de l’essence sur les opposants du projet qui occupent la forêt. Le 28 février un délibéré du procès sur la légalité de l’acquisition du Bois par l’Andra est attendu.

L’Andra semble prête à tout : construction du mur, asperger les opposants d’essences, achats massifs des consciences avec un budget de 29 millions d’euros à pour les 113 communes proches des installations. Mais à Bure, ceux qui s’opposent, sont tout aussi déterminé à rendre impossible la réalisation de ce projet.
Samedi 18 février une marche vers la forêt occupée était organisée, suivi d’une manifestation offensive contre le laboratoire de l’Andra.

Et dans la bataille, au milieu des champs, face au Gardes Mobiles qui protégeaient le laboratoire, c’est toute la haine contre un monde fait de nucléaire, de centres de rétention, de chasses au migrants, de violences policières, c’est toute la haine contre un monde capitaliste guidé par le profit, incapable de vouloir autrement, c’est avec la force de cette énorme refus que les grilles de l’Andra ont cédées.

 

Lien > Plus Bure sera la chute

 

//////////// Autres documents

Calais, The Jungle, 16 oct. 2016

reportage.

Dimanche 16 octobre 2016, aller/retour pour Calais. Pour voir cette jungle que le gouvernement veut raser. Une ville de baraques et de tentes avec ses rues, ses trottoirs, ses quartiers, ses restaurants, ses boutiques, ses habitations, ses écoles, ses lieux de cultes et son belvédère – ce point de vue recherché par les touristes d’où l’on embrasse du regard l’étendue d’une ville. Des files d’attente aussi, des files d’attente pour la distributions de nourriture, des files d’attente pour la douche, des files d’attente pour l’électricité. Une ville précaire, mais une ville quand bien même.