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Maurizio Lazzarato, La fabrique de l’homme endetté

Essai sur la condition néolibérale (éditions Amsterdam). Entretien avec Maurizio Lazzarato

Les usuriers pèchent contre nature en voulant faire engendrer de l’argent par l’argent comme un cheval par un cheval ou un mulet par un mulet. De plus les usuriers sont des voleurs car ils vendent le temps qui ne leur appartient pas, et vendre un bien étranger, malgré son possesseur, c’est du vol. En outre, comme ils ne vendent rien d’autre que l’attente de l’argent, c’est-à-dire le temps, ils vendent les jours et les nuits. Mais le jour c’est le temps de la clarté et la nuit le temps du repos. Par conséquent ils vendent la lumière et le repos. Il n’est donc pas juste qu’ils aient la lumière et le repos éternel.

J. Le Goff, La Bourse ou la vie.

Fabriquer un homme capable de tenir une promesse signifie lui construire une mémoire, le doter d’une intériorité, d’une conscience qui puisse s’opposer à l’oublie. C’est dans la sphère des obligations de la dette que commence à se fabriquer la mémoire, la subjectivité et la conscience.
(…)
Pour que la puissance d’agir puisse se déployer, il faut que le possible dépasse l’actuel (« du possible sinon j’étouffe », dit Kierkegaard), il faut que le monde contienne de l’indéterminé, un temps ouvert en train de se faire, c’est-à-dire un « présent » qui enveloppe des bifurcations possibles et donc des possibilités de choix, de risques existentiels. Et ce sont ces possibles et ces bifurcations imprévisibles que la dette s’efforce de neutraliser.

Maurizio Lazzarato, La fabrique de l’homme endetté. Essai sur la condition néolibérale.

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Il y a quelques temps nous avions rencontré Maurizio Lazzarato à propos de l’ouvrage Expérimentations politiques (éditions Amsterdam).
Quelques éléments de contextes qui ont présidé cette seconde rencontre avec le sociologue et philosophe Maurizio Lazzarato :
Crise de la dette qui se caractérise par un démantèlement accéléré de l’Etat-providence ;  la délégation d’une partie de la souveraineté des États aux institutions financières ;  l’évaluation de l’efficacité des politiques publiques par la finance ; des élections anticipées au Portugal, en Grèce, et Italie ; la formation de gouvernements d’union nationale composés de hauts fonctionnaires ; l’éclatement de la zone Euro et avec elle de l’Union Européenne en discussion ; une progression et une reconfiguration de l’extrême droite ; des mouvements de contestations populaires et internationaux ; une perte de crédit de la démocratie. Dans ce contexte politique quelques publications  : Crédit à Mort d’Anselm Jappe (éditions Lignes), Capitalisme à l’agonie de Paul Jorion (editions Fayard), Capitalisme, désir et servitude de Frédéric Lordon (éditions La fabrique) et Le réveil de l’Histoire d’Alain Badiou (éditions lignes).

L’ouvrage de Maurizio Lazzarato s’inscrit dans cette continuité des publications, dans un souci de comprendre ce qui nous arrive. L’auteur propose une exploration et une généalogie d’une figure subjective contemporaine qui serait celle de l’Homme endetté. La dette « constitue le moteur économique et subjectif de l’économie contemporaine ». En ce sens, cette économie de la dette est un dispositif de production et de gouvernement des subjectivités individuelles et collectives. Dans cette discussion nous déplierons ce dispositif. Pour cet ouvrage l’auteur s’appuie sur trois lectures : Généalogie de la morale de Friedrich Nietzsche, Banque et crédit de Karl Marx et l’Anti-oedipe de Gilles Deleuze et Félix Guattari.


Télécharger : La fabrique de l’Homme endetté, entretien
Durée : 85mn
Entretien radiophonique et réalisation : Emmanuel Moreira
Musique : Alva Noto, Casey.

 

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Expérimentations politiques, Maurizio Lazzarato
Un entretien avec Maurizio Lazzarato, à propos de son ouvrage « Expérimentations politiques ». Ce livre est l’étude d’un conflit social, celui portant sur la restructuration du régime d’assurance chômage des intermittents du spectacle.