À propos

Un espace multiple dans lequel se mêle sons, textes, images, vidéos. La vie manifeste et ses métamorphoses passées sont venues du sentiment d’un retrait. Retrait de la pensée critique, retrait des espaces critiques, retrait de la politique. Face à ce retrait, la revue à cherchée à tenir ensemble, pensée, politique et art.

La Vie Manifeste est une revue en ligne, née fin 2008, qui publie régulièrement des textes de facture littéraire et des podcasts. Avec 12 années d’existence, La vie manifeste fait partie des plus anciennes revues dans le paysage littéraire, ayant donné à lire de nombreux auteur-e-s qui participent aujourd’hui activement à la fabrication de l’espace littéraire. Les podcasts sont composés d’entretiens sur l’actualité des livres et des idées, d’entretiens avec les artistes de la scène contemporaine, de reportages et documentaires sur les luttes sociales & écologiques ainsi que de pièces sonores. Les podcasts sont régulièrement diffusés dans le tissu des radios locales.  

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Contact :
Contibutions, infos, soutiens …
Emmanuel Moreira
contact(a)laviemanifeste(point)com

Réalisée par Amandine André et Emmanuel Moreira

Nous remercions Bernardo Montet pour son soutien, ses encouragements et sa confiance lorsqu’il était directeur du centre chorégraphique national de Tours (2003 – 2011). Soutien, encouragements et confiance sans lesquels ce travail n’aurait pas vu le jour.

///////////////// Echos

— Médiapart.fr

Communauté avouable, Patrice Beray in Médiapart, 19 avril 2012

Foisonnant polyèdre sur les arts dans la société animé par Emmanuel Moreira et Amandine André, le site numérique La vie manifeste propose dans sa dernière mise en ligne le regard critique de Jean-Luc Nancy sur La Communauté inavouable de Maurice Blanchot.
Depuis peu il se produit, et on le doit à de nouvelles générations, de vivifiants retours sur les décennies 1970-80 menés comme autant d’introspections complices par ceux que n’effraient pas les germinations singulières, à intervalle de temps long, des expériences créatrices.
En fait de retour, en la circonstance, nul autre ne serait mieux autorisé que Jean-Luc Nancy à revenir sur cet essai fameux de Blanchot puisque c’est à un de ses propres textes, « La communauté désœuvrée », que l’auteur de L’Entretien infini avait ainsi voulu répondre. L’auditeur, car il s’agit d’un entretien audio, découvrira ou se trouvera confirmé dans les positions respectives des deux auteurs, inconciliables quant à l’idée de « communauté », dont Nancy reste, à l’exception de celle formée par les amants, un irréductible objecteur.
Ce cantonnement d’un commun qui « fasse œuvre de lui-même », autoréalisateur, à la finitude, à la mort par Nancy a peut-être suscité les plus beaux passages de La Communauté inavouable comme réminiscences d’un autre livre de Blanchot, Le Pas au-delà, en forme d’adresse à autrui, à « celui qui mourant se heurte à l’impossibilité de mourir au présent. Ne meurs pas maintenant ; qu’il n’y ait pas de maintenant pour mourir ». On appréciera sans aucun doute que Nancy s’y livre sans concessions pour lui-même à un examen critique de la genèse de cette communauté in fine pesamment « inavouable » filée par Blanchot.
Mais l’entretien vaut aussi pour le témoignage de Nancy convoquant Lacoue-Labarthe sur ce qu’il faut bien nommer une modernité négative (revendiquée comme telle dans ces années-là par le poète Emmanuel Hocquard par exemple), issue de l’après-Mai 68, qui s’est propagée des théories de la littérature aux pratiques artistiques, favorisant parfois à leur insu la primauté des lectures formelles, reléguant sans coup férir à la marge tout rapport débordant à la prodigalité de l’existence en art.
« La Grille est un moment terrible pour la sensibilité, la matière », avait averti Artaud dans Le Pèse-Nerfs. Et cela advint dans les lettres sur l’air si peu innocent d’« on ne peut plus ne pas savoir ». Car c’est un principe moral, après Auschwitz, qui s’est institué en vertu esthétique, faisant la chasse à l’image (haut fait surréaliste) dans la hantise de la figure perçue comme totalitaire. Bien des pans de la poésie française, mais aussi de la narration, ont été immergés par cette vague, ce reflux du « sujet » dans l’apurement de la langue, en une écriture dite « blanche ». Les positions antilyriques qui s’en nourrirent restent d’autant plus problématiques dans la saisie d’un hypothétique sens commun qu’elles se sont privées dans le même temps de tout pouvoir dans l’épopée, dans la relation de l’existence.
Phénoménologue, Jean-Luc Nancy pour sa part n’en met pas moins sur la voie de cet élément commun, constitutif de l’art qui adresse autrui à travers l’histoire d’un être qui se raconte. Dès lors, à condition de sortir de l’idée même de « communauté négative », de ce legs des années 1970-80, il ne serait donc plus tout à fait interdit de percevoir l’art comme une histoire qui s’invente, puisqu’on peut y relier directement, sans « grille » ni filtre a priori formel et moral, l’expérience sensible de l’extériorité absolue d’autrui et du monde.
Ce sont tous ces angles de perception que La vie manifeste à sa façon foisonnante s’emploie à faire jouer sur son polyèdre, à la fois radio et support numérique tissé d’entretiens philosophiques, politiques, de théâtre et de danse, actes et textes de création, comme autant de faces expérimentales.
En écoutant la dernière partie de l’entretien avec Jean-Luc Nancy sur « le politique », on aura à l’esprit que les lieux publics de la cité tendent moins ces jours-ci à figurer une sombre machinerie destinale, comme si les places, les allées et esplanades empruntaient quelque apparat d’urbanité aux discours politiques de circonstance. À ceux du moins qui creusent un peu, sous les filets rhétoriques, jusqu’à trouver la trame, l’organisation sociale (éducation, santé, travail…), ceux encore, les mêmes, qui essaient de s’élever, faisant mine d’englober dans leur diversité les comportements sociétaux d’ordinaire voués à la caricature ou aux canaux de la vie privée.
De la sorte, on se déclarera envers et contre tout d’une communauté avouable.

Patrice Beray

— Mouvement

Une radio, des multiples, in Mouvement, n° 59, avril – juin 2011
Sur le net, la revue radiophonique A Bout de souffle donne voix à la pensée contemporaine

A Bout de souffle. Joli nom, évidemment godardien, pour une radio qui ne s’écoute pas à la radio, mais sur la Toile. Un espace multiple dans lequel se mêlent sons, textes, images, vidéos. Une webradio à fenêtres, qui vient de migrer de la plateforme des audioblogs d’Arteradio vers le blog La vie manifeste. Cet « espace multiple » est animé par Amandine André et Emmanuel Moreira, d’indisciplinés pluriactifs : dans un passé récent, ils ont oeuvré à la création d’une radio pour le Centre chorégraphique national de Tours, ont constitué une « résidence de spectateurs » au festival de danse On marche, à Marrakech, et s’apprêtent à partager, avec quinze chorégraphes, desstationnements autorisés, du 17 au 23 juillet prochains, à Chinon. Sur A Bout de Souffle, le dernier entretien mis en ligne chemine dans les textes et la pensée de Michel Surya, fondateur de l’excellente et essentielle revue Lignes : « La vitesse et sa possibilité d’accélération permettent que les choses se tiennent ensemble ; qu’elles se tiennent ensemble est ce que Michel Surya appelle la pensée. La pensée n’exclut ni la chose littéraire ni la chose philosophique, elle est le mouvement obtenu par cette vitesse. La pensée est ce qui fait que ce qu’un texte porte en lui de littérature, de politique, de philosophique, soit ensemble, c’est-à-dire que ce qui appartenait à un genre puisse être seul ensemble. »
Dominique Vernis, in Mouvement, n° 59, avril – juin 2011

la vie manifeste diffuse ses productions, autant qu’elle le peut, sous licence creative commons, (CC BY_NC_SA).

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Hector, un journal papier tiré à 300 exemplaires, qui donne à lire le présent par la littérature. 

Hector (coll.), numéro 2 par Bertrand Verdier in Sitaudis

La naissance d’un périodique poétique sur support papier se doit bien sûr d’être soulignée. Hector mérite d’autant plus de s’attarder qu’il se présente sur les réseaux dits sociaux comme un journal, événement dont il semble de fait n’avoir existé que deux antécédents, aux alentours des années 2000 : Aujourd’hui poème et le quotidien d’interventions poétique des éditions al dante, aujourd’hui cessés.

Le format, le grammage, la mise en page, … permettent d’identifier aisément l’objet comme journal, quand bien même n’y figurent ni ours, ni éditorial, ni code-barres, ni indication de périodicité … Dans son récent : annulation : De la poésie, Jean-Marc Baillieu souligne l’importance de la revue en tant que « mode de diffusion de la poésie » : « Le vif et l’histoire de la poésie se lisent dans le vivier des revues, mode de diffusion inventif jamais en retard d’une avancée technologique » ; cette analyse s’applique évidemment au journal Hector, dont la page de titre porte en haut à droite sous le nom la référence d’un site internet : laviemanifeste.com. Ce site se décrit ainsi : « tentative de la meute, du bloc, de l’invention, de l’expérience de la pensée. […] La vie manifeste et ses métamorphoses passées sont venues du sentiment d’un retrait. Retrait de la pensée critique, retrait des espaces critiques, retrait de la politique. ».Hector en constitue manifestement la déclinaison imprimée (la majorité des textes qui le composent est d’ailleurs lisible sur le site auquel il s’adosse).

La photo de couverture et deux lignes en bas de la page de titre référencent le choix du nom du journal : il s’agit du populaire palmier baptisé Hector qui résista durablement à l’ouragan pour lequel fut acheté le prénom Irma, ouragan qui déferla sur saint-Barth en septembre 2017. Hector céda, Hector est mort, privé de funérailles : « Je m’appelle Hector, je suis un cocos nucifera, j’ai combattu Irma, je suis né ce jour-là. Je suis mort cette nuit-là. Je reviens. Je suis mort mais je ne suis pas vaincu. » précise le site laviemanifeste.com. La métaphore ne nécessite pas davantage d’explicitation, que corroborent les textes du journal, liés à l’actualité, et notamment aux « Gilets jaunes », aux nombreuses occupations revendicatives de la rue et à la répression étatique systématique couverte par une désinformation planifiée. Contre les déferlements de violence des capitalistes et des États, il est significatif que le journal s’ouvre par un « nous » : le vers liminaire « Nous nous levons contre votre monde foutu » (Ronan Chéneau) peut faire office de manifeste-programme-appel. Le pronom, récurrent dans la publication, s’oppose à un « ils » qui désigne le plus souvent l’État et ses sbires. S’extraire collectivement d’un futur servile et créer des situations nouvelles et révolutionnaires s’avère vital : « Nous quittons la zone d’élevage », « moi, bourgeois d’élevage, je soutiens le mouvement des gilets jaunes ». Hector revendique donc un fossé avec les officines qui passent pour des références : la démarcation s’affirme nettement vis-à-vis de la crédulité prétentiarde des gogos consommateurs de France-Culture (cf. le texte d’Emmanuel Moreira), France-Inter, France-Info, Le Monde, Télérama, Le Monde diplomatique, … : 8 milliards potentiels de crétins asservis, fiers de s’abrutir si intelligemment.

Mais à quoi bon un journal poétique en des temps de détresse ? Le texte d’Amandine André possiblement décrit les nature et fonction de Hector : « Je suis un texte logique J’ai des cibles J’assiège le centre Je suis logique Je suis un texte stratégique Stratégique et affectif J’avance Je me déploie ». Puisqu’ « ils ont commencé à tout détruire / ils sont venus ouvrir puis fermer l’horizon / après avoir vendu ce qui sera construit / sur ce qui vient d’être détruit » (Anna Carlier), l’objectif de Hector –qui justifie la prédilection pour les modes spécifiques de diffusion d’un journal (qui se prête, s’abandonne, se transmet, suscite des discussions, …) – consiste à saper les retraits mortifères, notamment en maintenant un « possible du dire » (Emmanuel Adely). Du dire poétique, en l’occurrence.

Car « Du cinquième étage la poésie opère » (Justin Delareux) : Hector scande, poétiquement et donc politiquement, vers l’action de corps galvanisés par ses mots : « le corps vivant, le corps savant et mangeant, ce corps primitif qui pour en barrer le passage se place devant des camions dont les chauffeurs sont munis de saufconduits et escortés par des policiers » (Dalie Giroux), « Nous sortons de nous par la parole […] Nous écrivons l’habit du poème nous étoffons son pronom » (Amandine André). Dans la même veine, le texte conclusif, Yellow Song, concatène des slogans, des revendications qui se découvrent actuelles : « Nous ne voulons pas le pouvoir, nous voulons pouvoir », « Les femmes n’ont pas eu le droit de vote en votant », « On veut vivre, pas survivre », « Logement pour tou-te-s, propriété pour personne », « À bas la dictature des normaux », à quoi souscrire, évidemment, et que populariserait, conforterait, mettrait en débat une lecture espérée massive de Hector. L’action directe première de Hector est ainsi de déciller, de réhabituer à la pensée critique, aux espaces critiques, à la politique, et la déclinaison sous forme de journal ne peut qu’en répandre la pratique.

Incitation entraînante à résister au capitalisme – à l’exemple du palmier à grandes feuilles et sans tronc endurant le cataclysme -,Hector s’arcboute loin des « poème[s] à thèse sur les bienfaits de l’anorexie en période de pauvreté » ou des « poème[s] avec des boîtes de sardine qui ré-écrirai[en]t l’énième poème sur les sardines en boîte et la faim » (Angélica de Alaya). Alors que vient de paraître le numéro 2, il incombe aux lecteurs-trices que l’ultime tercet de ce premier numéro : « Il est trop tard pour être calme / Bien trop tard pour être calme / Il est trop tard pour être calme » devienne performatif !

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