Réverbération propose chaque mercredi une écoute de 4 documents sonores.

Semaine du 16 au 22 septembre 2020

je suis frédéric
Damien Magnette
ACSR, 2010

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Une vie parlée : Autobiographie parlée (3)
Fred Deux, 1964
Cassette 004 plage 1 & 2 , Blanche, le mur
Cassette 005 plage 1 & 2, Blanche, le coussin

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El Tren Fantasma
Chris Watson, 2011

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In the end
Gregory Whitehead
Silence Radio, 2012


Film – Night Mayor, Guy Maddin


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Je suis frédéric

Damien Magnette
ACSR, 2010

Frédéric se raconte, se livre, se décrit… Il s’enregistre seul dans sa chambre et nous parle, il glane des sons à droite à gauche, une cafetière, une émission de télé, son père qui tousse… On le suit à travers son quotidien, ce quotidien si particulier que vit une personne «mentalement déficiente». On le suit à la ferme où il travaille un jour par semaine, dans son atelier de peinture, dans ses trajets… On recompose sa réalité à partir d’une foule de petits fragments anecdotiques tirés de son quotidien dans lequel est entremêlée sa voix qui nous parle. On glisse ainsi doucement dans son monde imaginaire, où se brouille la limite entre la réalité et la fiction. On se perd, on ne sais plus exactement où on est. On se laisse prendre par ce foisonnement, cette énergie tellement libre. On le suit et se ballade dans ses méandres, hors des limites de la logique rationnelle. On entre petit à petit dans son intimité, sa pensée, son ressenti. Il parle de lui, de la société, de ce qu’il vit, de ce qu’il pense. Il questionne implicitement notre société, notre réalité, notre « normalité » à travers son regard et sa différence. Nous sommes tout proche de lui, si proche que cela nous renvoie à nous-même.

Une vie parlée : Autobiographie parlée (3)

Fred Deux, 1964
Cassette 004 plage 1 & 2 , Blanche, le mur
Cassette 005 plage 1 & 2, Blanche, le coussin

Blanche, le mur (1)
Blanche, le mur (2)
Blanche, le coussin (1)
Blanche, le coussin (2)

cet enregistrement nous vient de très loin. 1964. Un homme dans le grenier de sa maison, dans un petit village de l’Ain à Lacoux, tente de faire le récit de sa vie. De se raconter, de s’expliquer à lui-même.
Un enregistrement composé de 132 cassettes et 385 pistes.

[…] Me voilà en 62,63,64. J’ai un magnétophone sur une table et je laisse sortir de moi une mèche enflammée qui s’enroule sur des bobines. Je suis à Lacoux. Mes paroles s’inscrivent et peuvent m’être rendues. Ce sont des mots, écrits dans ma langue, avec mon souffle. C’est sur ma scène que je bouge, c’est la voix de chacun qui va sortir. Je me découvre, comme je me suis découvert avec du papier mais il y a une différence. Au commencement de cette corde tirée hors de moi, c’est le son, la couleur de la voix, la musique. Ça change tout. Ce n’est pas moins ni plus, c’est une autre terre, matière, ça porte du sang. Pourtant, le dessin draine, lui aussi, du sang. Je vis ces mois de parole comme un homme ivre qui ne peut s’arrêter. J’ai déchiré quelque chose que je verrai plus tard…
Cécile ne comprend pas toujours ce qui me fait rester dans le grenier de la maison de Lacoux. Pour un peu (dans le début, car ensuite ça s’arrondira, ça se calmera), je dormirais là-haut et, ainsi, j’aurais la touche à portée de mon doigt pour l’enfoncer dès mon éveil… Le jour où je lui en ferai entendre des bouts, elle pleurera. C’est alors elle qui achètera des cassettes. Elle me fournira ma nouvelle drogue.
Il y avait une boule dans ma vie. Elle devait contenir une totalité. La faire venir, s’en approcher sans brusquer. Tout s’en trouvera déplacé. Les mots écrits auront la teinte des paroles prononcées ; les traits dans le dessin seront marqués par ce qui cavale dans ma tête. Je ne suis pas devenu une charrette emballée mais un type qui a compris qu’il joue sa seule carte… […]

Fred Deux / Terre mère, Journal 1997-1998 / André Dimanche Éditeur.

El Tren Fantasma

Chris Watson, 2011

Chris Watson n’est pas un musicien au sens premier du terme, c’est plutôt un créateur au sens primaire. Son travail se base uniquement sur la captation sonore directe, sur le travail du réel, sur le concret. En cela, on peut rapprocher ses créations de celles de Pierre Schaeffer ou Luc Ferrari dont il est un héritier évident.
El Tren Fantasma est son ultime chef d’œuvre en date car il s’agit bel et bien d’un monument sonore que vous tenez entre les oreilles. Tout débute et tout s’achève au Mexique, il y a 10 ans, au bord d’une ligne de chemin de fer traversant le pays du Pacifique à l’Atlantique. Cette ligne mythique du réseau ferroviaire mexicain n’est plus mais Chris Watson l’a parcouru en compagnie des ultimes passagers. Le rendu apparaît sous la forme d’un livre de voyage en 10 escales.

In the end

Gregory Whitehead
Silence Radio, 2012

Quand la berceuse se termine, quand la voix s’éteint, y a-t-il encore quelqu’un ?
La fin est un commencement, le commencement est une fin.