Chaque Mercredi, Réverbération propose 4 objets sonores, pour une durée chaque fois de 7 jours.

Semaine #07 – du 20 au 26 mai 2020
La mort de madame S, Anne-Line Drocourt
Sodorome. Vol. 1, Jean-Marie Massou
J’ai failli, Boris Charmatz et Gilles Mardirossian
Visage interdit, figure détruite, Richard Kalisz

Film – Jas ban Ader

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La mort de madame S

Anne-Line Drocourt
avril 2020

Le 14 avril 2020, ma voisine du rez-de-chaussée est morte. De treize confinés nous sommes devenus douze. J’enregistre les sons de ma fenêtre, les sons de mon palier, tous les sons du dedans d’un immeuble marseillais de trois étages, pour raconter cette journée immobile dont le seul évènement aura été le décès d’une inconnue.


Anne-Line Drocourt

Sodorome. Vol. 1

Jean-Marie Massou
Vert Pituite La belle, 2016

Enregistré en pleine forêt, dans le Lot, chez et avec Jean-Marie Massou, Sodorome présente plusieurs faces des expériences musicales de cet homme singulier. Entre complaintes chantées à genoux au-dessus de la citerne enfouie derrière sa maison et extraits des centaines d’heures de cassettes audio enregistrées sur plusieurs magnétos, Massou dévoile ici une part de ce qui l’occupe et de ce qui le préoccupe, l’univers imaginaire de l’enfance et son insouciance autant que l’imminence de la fin du monde et de ses habitants.

J’ai failli

Boris Charmatz et Gilles Mardirossian
Atelier de Création Radiophonique, 2003
France Culture & le Centre national des arts plastiques

Le 3 juillet 2003, à l’invitation des  » Grandes Traversées « , Julia Cima et moi devions danser à l’Opéra de Bordeaux, une version de l' »Après-midi d’un faune » de Nijinsky un peu différente de la version maison. C’était sans compter la signature du protocole d’accord que l’on sait, sans compter sur la fermeture de l’opéra ce jour par crainte d’occupation intempestive et intermittente, sans compter sur ce qui est devenu ensuite un besoin: faire de nos « objets de grève » une plate-forme radiophonique en phase avec la gesticulation et les rictus. Nous avons failli faire un ACR avec des interventions de William Forsythe, Benoît Lachambre, mais « j’ai failli » est devenu une prise de parole agitée, un objet chaud et réalisé avec rapidité, inventé parfois à même le micro de Gilles Mardirossian. Avec des « Instructions » écrites et dites par William Forsythe.


Boris Charmatz

Visage interdit, figure détruite – Une histoire d’amour

pièce radiophonique de Richard Kalisz, 2009
documentaire autobiographique d’une durée de près de dix heures, en 33 chapitres

01 - Prologue - Petites annonces 3'55
02 - Remonter la pente  14'54
03 - Je suis dans la merde  17'40
04 - La cuisson des pommes de terre  29'18
05 - Je suis un artiste, moi  28'51
06 - Ça passera bien à la radio  14'06
07 - Je ne suis pas un pédé  22'55
08 - Une vie nouvelle  12'06
09 - Il y a toujours une première fois  24'59
10 - Un tour de quartier  18'51
11 - Je n’avais pas le choix 38'36
12 - Envie de pleurer  12'44
13 - En fumant le narguilé  12'20
14 - L’impossible amour  18'47
15 - À visage découvert  38'55
16 - Noir c’est noir  12'42
17 - À la mer, je vais être heureux  12'39
18 - La peur de l’autre  19'32
19 - Les larmes aux yeux  13'58
20 - Une histoire de famille  21'52
21 - Mon royaume pour une voiture  15'07
22 - On va se pardonner 14,13
23 - Sur la tête de ma mère  17'34
24 - Des fleurs royales  15'44
25 - Comme Dalida  15'32
26 - Questions sans réponses  6'39
27 - La place du micheton  16'34
28 - Je suis venu te dire que je m’en vais  16'30
29 - La loi du désir  27'58
30 - Une dernière cigarette  19'07
31 - Série noire  15'03
32 - Le trac de la vie  28'29
33 - Visage perdu – les mots de la fin  8'44

« À l’origine, il était question d’un documentaire sur la prostitution masculine. Plus exactement sur la relation prostitués-clients.
Mais je cherchais les voies de la création où l’auteur ne se situe pas au-dessus des personnes qui témoignent. Une œuvre où les êtres rencontrés nous deviennent personnages, où l’auteur se dévoile tout autant.
Il advient alors qu’une histoire singulière se tisse dans le déroulement des enregistrements. Et je ne me suis pas interdit de la vivre totalement, tout en la captant.
Fiction, documentaire ou effet de vérité ? Toutes choses rapportées ici sont vraies. Mais comme on sait, il s’agit de communiquer comment sont vraiment les choses. Ce qui, en général, est de l’ordre de la narration fictionnelle.
Il y a donc plus qu’une parole en situation : en un vertige dangereux et douloureux, elle est née des situations vécues par l’un et par l’autre. Se déroulant comme une histoire, il advient pourtant que rien n’est écrit.
La plupart du temps, les prostitués cachent leur visage lors d’interviews et dans leurs annonces (la concurrence via Internet commence à changer la donne). Mais, quoi qu’il en soit, se sont des corps sans tête.
D’ailleurs, le client exige un rapport direct au sexe, au corps morcelé, vendu comme marchandise. Un visage qui s’exprimerait rendrait l’achat improbable. Dans l’acte sexuel, le sujet reste sans histoire et sans humanité. L’affectif doit être nié. C’est si vrai que le baiser sur la bouche est pratiquement exclu. Paradoxalement, le plaisir du client repose sur cette négation.
À terme, les figures sont détruites, au propre comme au figuré, car on ne sort pas indemne du sacrifice de son visage et d’une double vie : on s’y brûle les ailes.
Mais il n’y a d’important que ce qui est nécessaire d’entendre, non de ce qu’il y aurait à voir : la voix, oui, le visage, non.
Ni caméra cachée, ni voyeurisme. Un micro rivé au corps, au plus près de la respiration et se déplaçant en même temps que l’auteur.
En sous-titre, “une histoire d’amour” : malgré la négation obligatoire, un lien passionnel conflictuel, brouillé, ambigu et empoisonné par l’exigence financière, s’empare des corps et des esprits. Progressivement, il s’agit d’une lutte pour la recomposition du visage. Et, par un étrange coup de dés qui “jamais n’abolit le hasard”, comme les protagonistes sont, l’un d’origine maghrébine, l’autre juif, les significations se multiplient, car dans la culture musulmane (autrefois dans la culture juive également) la représentation du visage est restée problématique.
Cette saga du désir et de l’intime, dans un mélange indissociable de ruses, de vérité, de comédie ou de déchirements tragiques, livre une histoire balbutiante, comme la vie même : rêve fragile et cauchemar. Se déployant dans sa crudité et son romanesque lucide, cette “mise en scène” sonore où le créateur même se retrouve mis en question, se joue, sans jeu, sans comédiens, sans préméditation et dans le défi constant aux convenances.
Le prostitué et son client ? Les plus grands auteurs en ont parlé, c’est vrai. Mais pas moi.
Et il ne s’agit pas de littérature. »

Richard Kalisz