{"id":264,"date":"2023-07-21T22:59:28","date_gmt":"2023-07-21T20:59:28","guid":{"rendered":"https:\/\/laviemanifeste.com\/merciercamierisidore\/?p=264"},"modified":"2023-07-26T10:51:56","modified_gmt":"2023-07-26T08:51:56","slug":"rameau-le-pantomime","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laviemanifeste.com\/merciercamierisidore\/index.php\/2023\/07\/21\/rameau-le-pantomime\/","title":{"rendered":"Qu\u2019en serait-il si le philosophe doublait son moralisme d&rsquo;une sensibilit\u00e9 musicale vis \u00e0 vis du monde ?"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 propos du <em>Neveu de Rameau<\/em> de Denis Diderot.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\">La pens\u00e9e de Diderot se structure par la fabrique d\u2019\u00e9chantillons de situations au sein de la soci\u00e9t\u00e9 dont il est le contemporain. En cela, sa pens\u00e9e est <em>r\u00e9aliste<\/em>. Comme une <em>peinture<\/em> attentive \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 socialis\u00e9e, sa sc\u00e8ne de pens\u00e9e est le moyen d\u2019un <em>apprentissage g\u00e9n\u00e9ral<\/em>, source de vertu. Lorsque le lecteur lit son th\u00e9\u00e2tre, il voit se dresser des personnages pris dans de petites sc\u00e8nettes comme autant de mises en situations auxquelles il est cens\u00e9 s\u2019identifier. C\u2019est ce que Diderot appellera le <em>th\u00e9\u00e2tre des conditions<\/em>. Et, comme il le rappelle dans <em>L\u2019Education du fils naturel<\/em>, toute condition sociale repr\u00e9sent\u00e9e implique ses <em>devoirs<\/em>, ses <em>avantages<\/em>, ses <em>embarras<\/em><a href=\"#sdfootnote1sym\" id=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a><em>. <\/em>Cette perspective n\u2019est pas sans nous rappeler la pr\u00e9gnance et l\u2019utilit\u00e9 de la repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale chez Aristote. Cependant, le monde moderne &#8211; celui de Diderot &#8211; exige une sc\u00e8ne nouvelle dans laquelle l\u2019homme moderne puisse reconna\u00eetre l\u2019universalit\u00e9 de son <em>individualit<\/em><em>\u00e9<\/em>. Notre \u00e9tude sera tourn\u00e9e vers un dialogue : le <em>Neveu de Rameau<\/em>, qui fut vivement contest\u00e9 pour son cynisme. Honor\u00e9 de Balzac, dans sa <em>Com<\/em><em>\u00e9die Humaine<\/em>, dira \u00e0 son propos qu\u2019il est un \u00ab&nbsp; pamphlet que Diderot n\u2019osa pas publier&nbsp; \u00bb qui sugg\u00e8re \u00ab&nbsp; l\u2019omnipotence, l\u2019omniscience, l\u2019omniconvenance de l\u2019argent.&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote2sym\" id=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a> Le <em>Neveu<\/em> fut en effet publi\u00e9 posthume, en 1805, soit plus de vingt ans apr\u00e8s la mort de l\u2019auteur. Il ne sera pas publi\u00e9 dans la <em>Correspondance litt\u00e9raire<\/em>, qui accueillit pourtant ses textes les plus sujets \u00e0 la censure parmi lesquels le <em>R\u00eave de d\u2019Alembert <\/em>ou les <em>Salons<\/em>. Le <em>Neveu de Rameau<\/em> prend place \u00e0 Paris, dans l\u2019un de ces caf\u00e9s typiquement mondains, le caf\u00e9 de la R\u00e9gence, que Diderot vante pour les partis d\u2019\u00e9checs exceptionnelles qui s\u2019y tiennent. Diderot (<em>Moi<\/em>) y est abord\u00e9 par Rameau (<em>Lui<\/em>), qu\u2019il qualifie de <em>bizarre<\/em> personnage, \u00ab&nbsp; compos\u00e9 de hauteur et de bassesse, de bon sens et de d\u00e9raison.&nbsp;\u00bb<a href=\"#sdfootnote3sym\" id=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>. Rameau est d\u00e9crit comme un personnage inconstant : \u00ab&nbsp; Rien ne <em>dissemble<\/em> plus de lui que lui-m\u00eame&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote4sym\" id=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a>. De <em>gras<\/em> \u00e0 <em>maigre<\/em>, de <em>sale<\/em> \u00e0 <em>poudr\u00e9<\/em>, de <em>triste<\/em> \u00e0 <em>gai<\/em>, c\u2019est tant son humeur que son apparence qui change <em>selon les circonstances<\/em>. Aux antipodes de <em>Lui<\/em>, <em>Moi<\/em> est dot\u00e9 d\u2019une constance propre aux philosophes, ces hommes de <em>vertu<\/em>. \u00c0 premi\u00e8re vue, c\u2019est donc tout un monde qui s\u00e9pare ces deux hommes, tant leurs modes d\u2019\u00eatre diff\u00e8rent. Cependant, le philosophe trouvera un int\u00e9r\u00eat \u00e0 cette discussion. Car, \u00e9tant donn\u00e9 que les deux hommes fr\u00e9quentent, de fait, le m\u00eame monde, le m\u00eame cercle parisien et mondain, ils sont soumis aux m\u00eames <em>conventions<\/em>. Et, aux yeux du philosophe, Rameau s\u2019av\u00e9rera fort utile : Rameau \u00ab&nbsp; secoue, il agite, il fait approuver ou bl\u00e2mer ; <em>il fait sortir la v\u00e9rit\u00e9<\/em> ; il fait conna\u00eetre les gens de bien ; il d\u00e9masque les coquins ; c\u2019est alors que l\u2019homme de bon sens \u00e9coute, et d\u00e9m\u00eale son monde.&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote5sym\" id=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a> Dans ce dialogue, le philosophe s\u2019essaiera donc \u00e0 entrer dans la pens\u00e9e de Rameau qui, malgr\u00e9 sa b\u00eatise apparente, saura d\u00e9voiler l\u2019<em>hypocrisie<\/em> latente de son milieu et de son temps. C\u2019est cependant bien vite que surgira entre eux une discorde forte, probl\u00e9matique qui, finalement, se r\u00e9v\u00e9lera insoluble. Et cette discorde, qui constitue le noyau dur de leur m\u00e9sentente g\u00e9n\u00e9rale, concernera l\u2019attitude qu\u2019il convient \u00e0 l\u2019homme de prendre dans un monde o\u00f9 r\u00e8gne le vice et l\u2019hypocrisie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Face \u00e0 l\u2019immoralit\u00e9 d\u00e9bordante de Rameau, notre d\u00e9veloppement s\u2019essaiera \u00e0 saisir l\u2019<em>aporie morale<\/em> du philosophe. Dans un premier temps, nous exposerons leurs deux <em>conceptions<\/em> bien diff\u00e9rentes de la soci\u00e9t\u00e9 et du <em>r\u00f4le<\/em> qu\u2019il convient aux hommes de suivre. Ensuite, nous nous pencherons plus pr\u00e9cis\u00e9ment sur le r\u00f4le de Rameau : l\u2019<em>insens<\/em><em>\u00e9<\/em> qui, nous le verrons, ne peut exister qu\u2019en fonction d\u2019<em>un sens<\/em>. Enfin, nous exposerons le rapport qu\u2019entretiennent musique et socialit\u00e9 dans la pens\u00e9e de Rameau. Ce faisant, nous nous appuierons parall\u00e8lement sur une lecture du <em>Neveu de Wittgenstein<\/em> de Thomas Bernhard. Cette lecture parall\u00e8le nous permettra de mettre en relief la musicalit\u00e9 sociale de Rameau, et d\u2019ainsi la comparer \u00e0 une autre pens\u00e9e musicale qui, elle-m\u00eame, prend son \u00e9lan <em>\u00e0 <\/em><em>partir<\/em> du monde social.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\">Tout le long du dialogue,&nbsp; <em>Lui<\/em> et <em>Moi<\/em> se traiteront mutuellement sur un m\u00eame pieds d\u2019\u00e9galit\u00e9. Car, tous deux s\u2019inscrivent dans un m\u00eame espace social : le monde bourgeois. D\u00e8s lors, aucune hi\u00e9rarchie ne s\u2019\u00e9tablira entre les deux hommes qui, \u00e0 leur tour, exposeront l\u2019id\u00e9e qu\u2019il se font de la la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise, et du r\u00f4le qu\u2019il convient aux hommes de se donner en son sein.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\">Aux yeux du <em>Moi<\/em> philosophe, la poursuite de la <em>vertu<\/em> doit constituer le <em>sens commun<\/em> de la soci\u00e9t\u00e9. Pour ce faire, il relate l\u2019<em>\u00e9ducation<\/em> qu\u2019il convient \u00e0 l\u2019homme de suivre d\u00e8s la petite enfance. Il prend l\u2019exemple de sa jeune fille qu\u2019il veut, plus que tout, voir \u00ab&nbsp; raisonner juste&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote6sym\" id=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a>. D\u2019apr\u00e8s lui, les mati\u00e8res qui n\u00e9cessitent une telle qualit\u00e9 sont la <em>grammaire<\/em>, la <em>fable<\/em>, l\u2019<em>histoire<\/em>, la <em>g\u00e9ographie<\/em>, <em>un peu de dessin<\/em> et, nous soulignons, <em>beaucoup de morale<\/em><a href=\"#sdfootnote7sym\" id=\"sdfootnote7anc\"><sup>7<\/sup><\/a>. Cette conception n\u2019est pas sans nous rappeler la Lettre de Diderot \u00e0 Paul Landois<a href=\"#sdfootnote8sym\" id=\"sdfootnote8anc\"><sup>8<\/sup><\/a>. Dat\u00e9e de 1756, Diderot y rapporte la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une alliance entre <em>vertu individuelle<\/em> et <em>bonheur individuel<\/em> et <em>social<\/em>. Selon ses dires, cette alliance g\u00e9n\u00e9rerait une morale g\u00e9n\u00e9rale : une<em> morale la<\/em><em>\u00ef<\/em><em>que de l<\/em><em>\u2019int\u00e9r\u00eat<\/em>. L\u2019exercice individuel de la vertu aborderait plusieurs plans : le <em>discours<\/em>, l\u2019<em>exemple<\/em>, l\u2019<em>\u00e9ducation<\/em>, le <em>plaisir<\/em>, la <em>douleur<\/em>, la <em>grandeur<\/em>, la <em>mis<\/em><em>\u00e8<\/em><em>re<\/em>. Cet exercice complairait l\u2019homme dans un bonheur individuel et social qui serait universellement moral et profiterait \u00e0 tous. Mais dans quelle mesure une telle conception <em>commune<\/em> de la vertu tient-elle face \u00e0 un personnage tel que Rameau ? Selon <em>Lui<\/em>, l\u2019homme doit au contraire poursuivre la <em>nature<\/em> en tant qu\u2019elle g\u00e9n\u00e8re du <em>plaisir<\/em>. Quant \u00e0 la morale, il la disqualifie d\u2019office pour son artificialit\u00e9 : \u00ab&nbsp; on se la donne, car elle n\u2019est pas dans la nature.&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote9sym\" id=\"sdfootnote9anc\"><sup>9<\/sup><\/a>. Circonstanci\u00e9e, la pr\u00e9valence de cette nature n\u2019exige nul devoir, nul exercice de l\u2019esprit en vue de faire le bien \u00e0 soi ou aux autres. Son m\u00e9canisme serait plut\u00f4t la poursuite d\u2019un <em>plaisir <\/em>imm\u00e9diat. \u00c0 cela, Diderot r\u00e9torquera qu&rsquo;il estime les plaisirs des sens, mais qu\u2019il est plus honor\u00e9 encore par les actions morales. Il prendra l\u2019exemple d\u2019un jeune homme qui, l\u00e9s\u00e9 par ses parents, ne les aura pas moins secouru au moment o\u00f9 ils \u00e9taient dans le besoin<a href=\"#sdfootnote10sym\" id=\"sdfootnote10anc\"><sup>10<\/sup><\/a>. Ce portrait type de l\u2019homme moral, Rameau s\u2019en moque et le rapporte \u00e0 quelque <em>f\u00e9<\/em><em>licit<\/em><em>\u00e9<\/em> qui lui est bien \u00e9trang\u00e8re. Pour <em>Lui<\/em>, est futile toute action l\u00e9gitim\u00e9e pour son caract\u00e8re moral : <em>d\u00e9fendre sa patrie<\/em>, <em>servir ses amis<\/em>, <em>remplir ses devoirs<\/em>, <em>veiller \u00e0 l\u2019\u00e9ducation de ses enfants, <\/em>tout cela n\u2019est que <em>vanit\u00e9<\/em><a href=\"#sdfootnote11sym\" id=\"sdfootnote11anc\"><sup>11<\/sup><\/a>. Aussi, Rameau remet en cause l\u2019ambition du philosophe vis \u00e0 vis de l\u2019\u00e9ducation de sa fille, consid\u00e9rant qu\u2019un pr\u00e9cepteur ne saurait enseigner toutes les mati\u00e8res qui feraient d\u2019elle une femme vertueuse. En effet, un ma\u00eetre ne peut \u00eatre bon qu\u2019apr\u00e8s de longues ann\u00e9es d\u2019\u00e9tudes et ce, dans <em>une seule<\/em> discipline, d\u2019Alembert le math\u00e9maticien \u00e0 l\u2019appui<a href=\"#sdfootnote12sym\" id=\"sdfootnote12anc\"><sup>12<\/sup><\/a>. L\u2019entreprise du philosophe s\u2019av\u00e8re donc impossible. Face \u00e0 ce constat, le philosophe donnera raison \u00e0 Rameau. D\u00e8s lors, Rameau conseillera au philosophe de laisser sa fille <em>d\u00e9raisonner<\/em>, \u00ab&nbsp; pourvu qu\u2019elle soit jolie, amusante et coquette.&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote13sym\" id=\"sdfootnote13anc\"><sup>13<\/sup><\/a>. L\u2019\u00e9ducation de son jeune fils, du m\u00eame \u00e2ge, est toute autre que celle prof\u00e9r\u00e9e par le philosophe. Car, ayant constat\u00e9 la transmission h\u00e9r\u00e9ditaire d\u2019une <em>mol<\/em><em>\u00e9cule paternelle<\/em> &#8211; chez son p\u00e8re, chez lui-m\u00eame &#8211; qui, fatalement, fait des hommes de la famille de profonds vilains, il laisse \u00eatre son fils qui, <em>d\u00e9j\u00e0<\/em>, semble tout \u00e0 fait fid\u00e8le \u00e0 ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs : \u00ab&nbsp; gourmand, patelin, filou, paresseux, menteur.&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote14sym\" id=\"sdfootnote14anc\"><sup>14<\/sup><\/a>. Tout ce qu\u2019il apprend \u00e0 son <em>petit sauvage<\/em>, c\u2019est la valeur du <em>louis<\/em>, de l\u2019argent, car il le veut heureux et, pour \u00eatre heureux, il lui faut \u00eatre <em>honor<\/em><em>\u00e9<\/em>, <em>riche<\/em> et <em>puissant<\/em><a href=\"#sdfootnote15sym\" id=\"sdfootnote15anc\"><sup>15<\/sup><\/a>. Pour cela, il n\u2019ambitionne rien d\u2019autre que l\u2019estime de l\u2019argent et quelques astuces qu\u2019\u00e0 l\u2019occasion, il lui enseignera. Cette \u00e9ducation <em>pratique<\/em> conseill\u00e9e par Rameau, Diderot la lui rend par le m\u00e9pris. Rameau rappelle pourtant qu\u2019elle est effective et, quand bien m\u00eame est-elle immorale, elle est partag\u00e9e par&nbsp; la <em>multitude<\/em><a href=\"#sdfootnote16sym\" id=\"sdfootnote16anc\"><sup>16<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\">Mais, qu\u2019exige la poursuite d\u2019un <em>plaisir<\/em> imm\u00e9diat, apparemment partag\u00e9e par la <em>multitude<\/em> ? Car si elle est <em>naturelle<\/em>, elle n\u00e9cessite cependant de la ruse afin d\u2019accro\u00eetre le plus qu\u2019il est possible \u00e0 l\u2019homme ses int\u00e9r\u00eats. En fait, cette pr\u00e9valence de la pratique en vue d\u2019accro\u00eetre les plaisirs exige un sens aiguis\u00e9 de l\u2019<em>observation<\/em> : l\u2019observateur fera de ce qu\u2019il voit et s\u00e9lectionne son <em>mod<\/em><em>\u00e8<\/em><em>le<\/em> et, \u00e0 partir de cette connaissance, il prendra des <em>positions. <\/em>Ces<em> positions <\/em>sont provisoires, \u00e9tant donn\u00e9 que le monde, ce qui est observ\u00e9 dans le monde, ne cesse de changer : \u00ab&nbsp; Rien de stable dans ce monde.&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote17sym\" id=\"sdfootnote17anc\"><sup>17<\/sup><\/a>. L\u2019observateur de m\u00e9tier, sans rechigner, doit s\u2019accommoder \u00e0 cette instabilit\u00e9 mondaine : \u00ab&nbsp; Je suis dans ce monde et j\u2019y reste&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote18sym\" id=\"sdfootnote18anc\"><sup>18<\/sup><\/a>. D\u2019o\u00f9 l\u2019inconstance de Rameau, la multiplicit\u00e9 de postures dont il ne cesse de se servir en vue d\u2019assouvir ses plaisirs. Et d\u2019o\u00f9, plus g\u00e9n\u00e9ralement, l\u2019hypocrisie des individus, car tout homme ambitieux doit \u00eatre strat\u00e8ge et donc <em>pantomime<\/em> : les <em>flatteurs<\/em>, les <em>courtisans<\/em>, les <em>valets<\/em>, et m\u00eame les <em>gueux<\/em>, tous sont <em>pantomimes<\/em><a href=\"#sdfootnote19sym\" id=\"sdfootnote19anc\"><sup>19<\/sup><\/a>. Tout homme, s\u2019il veut survivre, doit prendre des <em>positions<\/em> : voil\u00e0 \u00e0 peu pr\u00e8s la maxime de Rameau. Ainsi, Rameau r\u00e9v\u00e8le la v\u00e9rit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 comme <em>mensonge<\/em> g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. \u00c0 l\u2019entendre, il y a bel et bien une bonne <em>conscience g\u00e9n\u00e9ral<\/em>e que les hommes pr\u00e9tendent suivre. Mais tous, en r\u00e9alit\u00e9, prennent des positions. Les citoyens <em>dissimulent <\/em>leurs int\u00e9r\u00eats ill\u00e9gitimes pour le seul plaisir imm\u00e9diat, mais, en r\u00e9alit\u00e9, ils ne s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 rien d\u2019autre qu\u2019\u00e0 eux-m\u00eames.<em> <\/em>Cette poursuite n\u00e9cessite la posture, hypocrisie profonde. Mais c\u2019est cette hypocrisie qui, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019o\u00f9 <em>Lui<\/em> et <em>Moi<\/em> parlent, est de vigueur, et non pas la morale du philosophe que Rameau associera \u00e0 une conception bien <em>visionnaire<\/em> du r\u00e9el. Une telle description de la soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le mensonge et le double jeu dominent ne laisse aucune place \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019une morale. La v\u00e9rit\u00e9 de Rameau le <em>pantomime<\/em> est sans recours : c\u2019est le <em>plaisir<\/em> qui dirige l\u2019action des hommes qui, pour \u00eatre assouvi, n\u00e9cessite l\u2019hypocrisie. Le <em>pantomime<\/em>, accumulant les positions circonstanci\u00e9es, s\u2019accorde au mensonge g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 ; le philosophe, piqu\u00e9, s\u2019y refuse. Tandis que le philosophe pr\u00f4ne un sens commun de la vertu qui donnerait lieu \u00e0 une morale g\u00e9n\u00e9rale et la\u00efque, Rameau, avec un regard que l\u2019on pourrait dire arrim\u00e9 au <em>r\u00e9el<\/em> plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 l\u2019<em>id\u00e9el<\/em>, rend compte d\u2019une <em>norme sociale<\/em> \u00e0 laquelle, de fait, tout un chacun se conforme. Et \u00e0 laquelle tout un chacun <em>doit<\/em> se conformer s\u2019il veut survivre. C\u2019est donc dans le champ de la <em>pratique<\/em> que leurs deux conceptions du monde divergent. \u00c0 cet \u00e9gard, la pens\u00e9e de Rameau s\u00e8mera une quantit\u00e9 de paradoxes tels qu\u2019elle mettra \u00e0 mal le corps philosophique et moral. Prenons un exemple : lorsque Rameau dit \u00e9tudier Th\u00e9ophraste, La Bruy\u00e8re et Moli\u00e8re, il demande \u00e0 son interlocuteur ce qu\u2019il retient de ces fameuses lectures. Enjou\u00e9, <em>Moi<\/em> r\u00e9torque qu\u2019il y trouve de l\u2019<em>amusement<\/em> et de l\u2019<em>instruction<\/em>. <em>Moi<\/em> s\u2019arr\u00eate sur la fonction de l\u2019<em>instruction, <\/em>et la d\u00e9finit comme \u00ab&nbsp; la connaissance de ses devoirs, l\u2019amour de la vertu, la haine du vice.&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote20sym\" id=\"sdfootnote20anc\"><sup>20<\/sup><\/a>. \u00c0 cela, Rameau r\u00e9pondra au contraire que ces textes donnent au lecteur la possibilit\u00e9 de poursuivre ses vices individuels tout en t\u00e2chant \u00e0 n\u2019en pas avoir l\u2019air : \u00ab&nbsp; Pour se garantir de ce ton, de ces apparences, il faut les conna\u00eetre ; or, ces auteurs en ont fait des peintures excellentes. \u00bb<a href=\"#sdfootnote21sym\" id=\"sdfootnote21anc\"><sup>21<\/sup><\/a>. Contre toute attente, ces textes seraient donc des sortes de manuels strat\u00e9giques d\u2019hypocrisie. Diderot n\u2019estime pas ce regard, il ne l\u2019estime pas le moins du monde, regard bien indigne, regard d\u2019une \u00ab&nbsp; \u00e2me de boue&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote22sym\" id=\"sdfootnote22anc\"><sup>22<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\">Outre son caract\u00e8re immoral, nous devons d\u00e9celer le m\u00e9canisme de cette norme sociale \u00e0 laquelle Rameau s\u2019accorde. Nous le savons, nous l\u2019avons vu : Rameau c\u00e9l\u00e8bre la <em>cupidit<\/em><em>\u00e9<\/em>, car l\u2019argent est, pour lui, le moyen d\u2019assouvir ses <em>plaisirs.<\/em> Ainsi imagine-t-il son fils en riche sc\u00e9l\u00e9rat. Rameau est donc bel et bien l\u2019<em>exemple<\/em> d\u2019une norme sociale avide de plaisirs. Cependant, Rameau n\u2019a pas le sou ou, quand il en a, c\u2019est sous la d\u00e9pendance d\u2019un riche, lui-m\u00eame avide de plaisirs. D\u00e8s lors, quels sont les int\u00e9r\u00eats, pour un riche, d\u2019embaucher un tel homme ? Quel est le r\u00f4le de Rameau au c\u00f4t\u00e9 de ces riches, au c\u00f4t\u00e9 de ces : \u00ab&nbsp; sots opulents <em>aux d\u00e9pens desquels<\/em> on peut vivre.&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote23sym\" id=\"sdfootnote23anc\"><sup>23<\/sup><\/a> ?<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\">En pratique, Rameau le <em>pantomime <\/em>a pour seul objectif d\u2019attiser le <em>rire<\/em>. Car, ce faisant, les riches l\u2019embaucheront, le paieront, assouvirons ses besoins primaires : manger, boire, se laver ; et, plus largement, il pourra mener une vie qui soit la plus luxueuse possible. Dans son monde, sa dr\u00f4lerie apporte \u00e0 la grisaille des fortun\u00e9s le <em>rire<\/em> &#8211; donc le <em>plaisir<\/em> -, qui apporte \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9 de Rameau les coiffes, le lit, les soir\u00e9es \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra, les bonnes tables parisiennes,\u2026 Ce qui dirige l\u2019action de Rameau n\u2019est donc pas directement le plaisir, mais le <em>louis<\/em>, l\u2019argent, car il est le seul \u00e0 \u00eatre en mesure d\u2019assurer sa survie dans un tel monde o\u00f9 pr\u00f4ne l\u2019int\u00e9r\u00eat immoral. Pour en trouver, Rameau doit r\u00e9pondre au r\u00f4le de l\u2019<em>insens<\/em><em>\u00e9<\/em>. Il dit \u00eatre <em>engag\u00e9<\/em> pour cela, pour cet <em>art<\/em> dans lequel il <em>excelle<\/em>. Et ses derniers employeurs l\u2019encensaient justement pour sa b\u00eatise. Rameau \u00e9tait : \u00ab&nbsp; leur petit Rameau, leur joli Rameau, leur Rameau le fou, l\u2019impertinent, l\u2019ignorant, le paresseux, le gourmand, le bouffon, la grosse b\u00eate.&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote24sym\" id=\"sdfootnote24anc\"><sup>24<\/sup><\/a>. Face au philosophe, Rameau rit de cette place \u00e0 laquelle la norme le contraint et, pr\u00e9figurant la dialectique du ma\u00eetre et de l\u2019esclave, il va jusqu\u2019\u00e0 dire : \u00ab&nbsp; Moi, je suis le fou de Bertin et de beaucoup d\u2019autres, le v\u00f4tre peut-\u00eatre dans ce moment, ou peut-\u00eatre vous le mien : celui qui serait sage n\u2019aurait point de fou ; celui donc qui a un fou n\u2019est pas sage ; s\u2019il n\u2019est pas sage il est fou et peut-\u00eatre, f\u00fbt-il le roi, le fou de son fou.&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote25sym\" id=\"sdfootnote25anc\"><sup>25<\/sup><\/a>. Le <em>fou<\/em> en devient indiscernable, \u00e9tant donn\u00e9 que le sage lui-m\u00eame devient le <em>fou<\/em> du <em>fou<\/em>. Cependant, tout rapport entre <em>sage<\/em> et <em>fou<\/em> s\u2019amorce \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un certain paradigme. Rapportons-nous \u00e0 une lecture du <em>Neveu<\/em>, propos\u00e9e par Michel Foucault dans son <em>Histoire de la folie \u00e0 l\u2019\u00e2ge classique<\/em>. Le rapport, le renforcement mutuel qui s\u2019op\u00e8re entre la norme sociale et le r\u00f4le de l\u2019insens\u00e9, Foucault le rapporte \u00e0 un m\u00e9canisme propre au paradigme de la raison du XVIII\u00e8me si\u00e8cle. Selon lui, la d\u00e9raison suppos\u00e9e de Rameau fait partie int\u00e9grante de la raison de ses riches employeurs. Ainsi, sa d\u00e9raison ne serait pas <em>\u00e9trang<\/em><em>\u00e8<\/em><em>re<\/em> donc<em> ali\u00e9nante<\/em>, mais elle serait <em>transparente<\/em> \u00e0 la raison des hypocrites. La figure du fou serait r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par la raison m\u00eame qui, <em>consciente d\u2019elle-m\u00eame<\/em>, consacre \u00e0 tel ou tel homme son r\u00f4le et peut d\u00e8s lors affirmer : \u00ab&nbsp; Celui-l\u00e0 est <em>mon<\/em> fou&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote26sym\" id=\"sdfootnote26anc\"><sup>26<\/sup><\/a>. Cette reconnaissance du fou, du fou comme <em>mon<\/em> fou serait donc le <em>signe<\/em> d\u2019une raison consciente d\u2019elle-m\u00eame. Et cette raison consciente n\u2019assurerait sa certitude <em>que dans la possession<\/em> de la folie. Cette g\u00e9n\u00e9alogie remet en cause la soi-disant ali\u00e9nation de l\u2019employeur devenu \u00ab&nbsp; le <em>fou<\/em> du <em>fou<\/em>&nbsp; \u00bb, dont Rameau se rit. Elle d\u00e9place le rapport que Rameau dit entretenir avec la norme gouvernante, rapport que Rameau pense \u00eatre r\u00e9ciproquement ali\u00e9nant. Au cours de leur dialogue, Rameau confessera d\u2019ailleurs \u00e0 Diderot qu\u2019un <em>\u00e9v<\/em><em>\u00e8<\/em><em>nement grave<\/em> lui est arriv\u00e9. Il s\u2019est fait vir\u00e9 par son employeur Bertin pour avoir manqu\u00e9 \u00e0 son r\u00f4le d\u2019<em>insens<\/em><em>\u00e9<\/em> : \u00ab&nbsp; j\u2019ai tout perdu pour avoir eu le<em> sens commun<\/em> une fois, une seule fois en ma vie.&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote27sym\" id=\"sdfootnote27anc\"><sup>27<\/sup><\/a> Puisque Rameau n\u2019a pas tout \u00e0 fait rempli le r\u00f4le qui lui a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9 par Bertin, \u00e0 savoir le r\u00f4le de l\u2019<em>insens<\/em><em>\u00e9<\/em>, et qu\u2019il a, au contraire, fait preuve de <em>sens commun<\/em>, il a rompu le <em>pacte tacite<\/em> scell\u00e9 par la raison elle-m\u00eame dans sa nomination d\u2019un insens\u00e9. L\u2019attitude de Bertin n\u2019est visiblement pas celle d\u2019un fou. Il semble au contraire avoir un rapport lucide \u00e0 son propre r\u00f4le et \u00e0 celui de Rameau qui, dans sa folie, valide le r\u00f4le du ma\u00eetre raisonn\u00e9. Lorsqu\u2019il fait part de cet \u00e9v\u00e8nement grave \u00e0 <em>Moi<\/em>, Rameau se voit relay\u00e9 au rang de fou ordinaire. En effet, le philosophe affirme que ses employeurs \u00e9taient plus utiles \u00e0 Rameau qu\u2019il n\u2019\u00e9tait utile \u00e0 ses employeurs et, qu\u2019en plus de cela : \u00ab&nbsp; eux, pour un fou qui leur manque, ils en retrouveront cent.&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote28sym\" id=\"sdfootnote28anc\"><sup>28<\/sup><\/a>. \u00c0 cela, Rameau s\u2019exclame qu\u2019ils ne sauraient se passer de lui, qu\u2019il leur est <em>essentiel<\/em> et qu\u2019il \u00e9tait : \u00ab&nbsp; pour eux les Petites-maisons toutes enti\u00e8res&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote29sym\" id=\"sdfootnote29anc\"><sup>29<\/sup><\/a>. Dans quelle mesure ce statut d\u2019exception qu\u2019il se donne \u00e0 lui-m\u00eame est-il valable ? Rameau n\u2019est-il pas, plut\u00f4t que les Petites-maisons<em> toutes enti<\/em><em>\u00e8<\/em><em>res<\/em>, un simple repr\u00e9sentant de celles-ci, dont les uns et les autres se rient comme ils se riraient de tout autre individu \u00e0 qui l\u2019on pr\u00eate le r\u00f4le d\u2019insens\u00e9 ? Nous pourrions rapporter cette posture \u00e0 l\u2019<em>ego<\/em> de Rameau, qui, dans sa tirade, semble estimer au plus haut point l\u2019originalit\u00e9 de son \u00eatre, qu\u2019il dit trop <em>digne<\/em> pour aller s\u2019excuser aupr\u00e8s de Bertin : \u00ab&nbsp; <em>Moi<\/em>, Rameau, fils de monsieur Rameau&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote30sym\" id=\"sdfootnote30anc\"><sup>30<\/sup><\/a>, \u00ab&nbsp; <em>Moi<\/em> qui ai compos\u00e9 des pi\u00e8ces de clavecin que personne ne joue, mais qui seront peut-\u00eatre les seules qui passeront \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 qui les jouera ; <em>moi<\/em> ! <em>moi <\/em>enfin ! j\u2019irais !\u2026&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote31sym\" id=\"sdfootnote31anc\"><sup>31<\/sup><\/a>. Nous serions tent\u00e9s de le suivre, tant son intelligence transpara\u00eet \u00e0 la lecture de ses nombreux soliloques. Cependant, nous consid\u00e9rons que ce statut d\u2019exception qu\u2019il se donne ne tient pas, car Rameau, quand bien m\u00eame est-il certainement singulier, r\u00e9pond \u00e0 un r\u00f4le qui est le <em>revers<\/em> de la norme sociale. En cela, il ne s\u2019excepte pas de celle-ci, mais au contraire, il s\u2019y conforme et, d\u2019un m\u00eame coup, la renforce.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\">D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, ses riches employeurs s\u2019exceptent-ils de la norme sociale ? Nous soutenons que, ni Rameau, ni Bertin &#8211; qui ne fut qu\u2019un de ses multiples <em>sots opulents<\/em> &#8211; ne dirige la <em>partition g\u00e9n\u00e9rale<\/em> de la soci\u00e9t\u00e9. D\u00e8s lors, qui est-ce qui la dirige ?<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\">Selon <em>Lui<\/em>, tout homme est <em>pantomime<\/em>, car tout homme prend des <em>positions<\/em>, sauf un seul, <em>l\u2019homme qui marche. <\/em>Et cet homme n\u2019est autre que le <em>souverain<\/em><a href=\"#sdfootnote32sym\" id=\"sdfootnote32anc\"><sup>32<\/sup><\/a>. <em>Moi <\/em>partagera le triste diagnostic d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 habit\u00e9e par des pantomimes en tout genre. Il n\u2019exceptera cependant pas le souverain du diagnostic g\u00e9n\u00e9ral, car il le consid\u00e8re de m\u00eame comme un pantomime des plus infects, un hypocrite. <em>Moi<\/em> exceptera tout de m\u00eame un individu : le <em>philosophe<\/em> qui, tel Diog\u00e8ne, se moque des plaisirs et pr\u00e9f\u00e8re encore la rudesse de son mode de vie plut\u00f4t que l\u2019hypocrisie d\u2019un tel pacte social<a href=\"#sdfootnote33sym\" id=\"sdfootnote33anc\"><sup>33<\/sup><\/a>. Nous voyons donc ceci : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, Rameau suit la partition g\u00e9n\u00e9rale men\u00e9e par le souverain. Pour ce faire, il fait comme tout le monde : il prend des positions. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, le philosophe se refuse \u00e0 cette partition g\u00e9n\u00e9rale men\u00e9e par le souverain. Ce faisant, il suppose qu\u2019un autre individu devrait mener le cours de la vie g\u00e9n\u00e9rale des hommes : le philosophe. Selon ses dires, le philosophe serait le seul individu qui serait \u00e0 m\u00eame d\u2019imaginer une <em>autre<\/em> partition sociale, ou bien de corriger la partition sociale existante. Dans la partition id\u00e9ale du philosophe, il est un autre personnage qui, outre le philosophe, s\u2019excepte de la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 : le <em>g\u00e9nie<\/em>. \u00c0 premi\u00e8re vue, Jean-Philippe Rameau, nationalement c\u00e9l\u00e9br\u00e9 pour ses nombreux op\u00e9ras donn\u00e9s \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie royale, serait le mod\u00e8le type du g\u00e9nie : personnage odieux, mais talentueux qui, par ses cr\u00e9ations, fait <em>actuellement<\/em> rayonner le pays tout entier. Rameau ne comprend pas qu\u2019un tel personnage puisse attiser l\u2019estime des uns des autres. Selon lui, ce qui prime chez un homme, c\u2019est qu\u2019il soit bon <em>pour lui<\/em>, et qu\u2019il soit bon <em>pour ses entours<\/em>, soit bon <em>citoyen<\/em>, <em>p<\/em><em>\u00e8<\/em><em>re<\/em>, <em>m<\/em><em>\u00e8<\/em><em>re<\/em>, <em>fr<\/em><em>\u00e8<\/em><em>re<\/em>, <em>parent<\/em>, <em>ami<\/em><a href=\"#sdfootnote34sym\" id=\"sdfootnote34anc\"><sup>34<\/sup><\/a>. Qu\u2019un homme soit <em>bon homme<\/em>, oui ; mais qu\u2019il soit <em>g\u00e9nie<\/em>, point. <em>Pour lui<\/em> et <em>pour ses entours<\/em>, le bon homme ob\u00e9it \u00e0 la loi de la multitude, soit celle du vice qui s\u2019apparente \u00e0 la sagesse du moine de Rabelais, Fr\u00e8re Jean des Entommeures, que Rameau dit incarner : \u00ab la vraie sagesse <em>pour son repos et pour celui des autres<\/em>. \u00bb<a href=\"#sdfootnote35sym\" id=\"sdfootnote35anc\"><sup>35<\/sup><\/a> Nulle friction entre vice et norme, car, encore une fois, la norme est solidaire du vice pratique. Avec un tout autre regard sur la question, Diderot \u00e9voque la <em>grandeur<\/em> du g\u00e9nie. Malgr\u00e9 sa duret\u00e9 de caract\u00e8re, il dira l\u2019estime qu\u2019il \u00e9prouve \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Racine et de son g\u00e9nie, qui transpara\u00eet dans son \u0153uvre. En ce qui concerne Jean-Philippe Rameau, <em>Moi<\/em> semble frileux \u00e0 l\u2019id\u00e9e de faire de lui un g\u00e9nie, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il lui est contemporain et qu\u2019il n\u2019est pas certain que ses \u0153uvres feront autorit\u00e9 dans les si\u00e8cles \u00e0 venir. Car, selon <em>Moi<\/em>, le g\u00e9nie se mesure \u00e0 la <em>post<\/em><em>\u00e9rit\u00e9<\/em> de son \u0153uvre. Ainsi, son admiration n\u2019est pas dirig\u00e9e vers le rapport bien souvent ex\u00e9crable que les g\u00e9nies entretiennent avec leurs entours, mais il est dirig\u00e9 vers leurs \u0153uvres qui, <em>pour l\u2019humanit\u00e9<\/em>, font et feront assur\u00e9ment le plus grand bien. Nous le voyons : les peuples \u00e0 qui reviennent ces g\u00e9nies \u00e9rigent des statues au nom de leur esprit triomphant, car ces g\u00e9nies fondent leur <em>honneur<\/em>. En eux, en <em>leurs<\/em> <em>\u0153uvres<\/em>, les peuples voient une source d\u2019inspiration infinie qui, sans cesse se renouvelle. Mais pour cerner cette grandeur propre au g\u00e9nie, l\u2019homme doit, selon le philosophe, se soustraire \u00e0 l\u2019<em>espace <\/em>et au <em>temps<\/em> qu\u2019il occupe, de mani\u00e8re \u00e0 projeter un monde futur dans lequel le g\u00e9nie, par la transmission de ses <em>\u0153uvres<\/em>, continuera \u00e0 semer le Bien par-del\u00e0 tous les maux circonstanci\u00e9s qu\u2019il aura commis de son vivant<a href=\"#sdfootnote36sym\" id=\"sdfootnote36anc\"><sup>36<\/sup><\/a>. Tout g\u00e9nie qui se doit a donc une <em>\u0153uvre<\/em> qui t\u00e9moigne de sa grandeur. Pour <em>Moi<\/em>, le philosophe doit donc diriger la partition g\u00e9n\u00e9rale, mais dans cette partition qu\u2019il veut morale, le g\u00e9nie fait exception puisqu\u2019il produit du Beau, et qu\u2019\u00e0 terme il produira in\u00e9luctablement du Bien pour son peuple. Cependant, dans la mesure o\u00f9 nous ne pouvons cerner le g\u00e9nie qu\u2019\u00e0 partir de la <em>post<\/em><em>\u00e9rit\u00e9 <\/em>de son \u0153uvre<em>,<\/em> comment est-il possible de voir qui est le g\u00e9nie <em>de son temps<\/em> ? Qui, au nom de son g\u00e9nie suppos\u00e9, aurait le droit de s\u2019excepter de la loi morale du philosophe ? Si Rameau a incontestablement une<em> fertilit<\/em><em>\u00e9 de g\u00e9nie<\/em>, comme aime \u00e0 le souligner le philosophe, il n\u2019a <em>rien invent<\/em><em>\u00e9<\/em>. Selon nous, ce <em>g\u00e9nie en puissance <\/em>mais rat\u00e9 qu\u2019est Rameau met \u00e0 mal la logique du philosophe. La cause en est que l\u2019oreille du philosophe manque de <em>sensibilit<\/em><em>\u00e9<\/em>, et donc de <em>discernement<\/em> vis \u00e0 vis de l\u2019\u00eatre mim\u00e9tique qu\u2019est Rameau.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\"><em><\/em>Appuyons-nous sur les soliloques de Rameau, et sur sa tendance g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 s\u2019imaginer \u00eatre <em>autre chose<\/em> que lui-m\u00eame. Par-del\u00e0 la figure du g\u00e9nie &#8211; la figure de l\u2019homme qui, ayant <em>\u0153uvr\u00e9<\/em>, s\u2019excepte &#8211; nous voudrions soutenir que Rameau, dans sa prose, dans sa gestuelle m\u00eame, est un <em>critique-pantomime<\/em> de grand talent qui, suivant des <em>mod<\/em><em>\u00e8<\/em><em>les<\/em> dans le monde existant, s\u2019av\u00e8re fid\u00e8le \u00e0 la loi mim\u00e9tique qu\u2019il s\u2019est donn\u00e9e. Et ce savoir-faire passe par un certain nombre de pirouettes musicales signifiantes sur lesquelles nous allons maintenant nous attarder.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\">Dans son ob\u00e9issance \u00e0 la <em>norme<\/em>, l\u2019art de Rameau est tel qu\u2019il est en capacit\u00e9 d\u2019incarner un nombre consid\u00e9rable de voix : il imite tant\u00f4t un jeune courtisan, tant\u00f4t une jeune fille, tant\u00f4t \u00e0 la fois musiciens, danseurs, chanteurs\u2026 Transpara\u00eet en lui la possibilit\u00e9 d\u2019incarner <em>simultan\u00e9ment<\/em> une <em>multiplicit\u00e9 de voix<\/em>. Et de m\u00eame, son mode de raisonnement est musical. \u00c0 plusieurs reprises, Rameau ouvre en effet des passages implicites du monde social \u00e0 la musique, de la musique au monde social. Socialement, il prof\u00e8re un <em>ridicule<\/em> &#8211; dissonance attisant le <em>rire<\/em> &#8211; qui soit en mesure d\u2019\u00eatre int\u00e9gr\u00e9 par l\u2019<em>harmonie sociale<\/em> : \u00ab&nbsp; des dissonances dans l\u2019harmonie sociale qu\u2019il faut savoir placer, pr\u00e9parer et sauver.&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote37sym\" id=\"sdfootnote37anc\"><sup>37<\/sup><\/a>. Quant \u00e0 <em>Moi<\/em>, il se demandera tout du long comment une telle <em>sensibilit<\/em><em>\u00e9<\/em> musicale peut \u00eatre contenue dans un \u00eatre si insensible aux <em>charmes de la vertu<\/em>. Nous soutenons au contraire que <em>sensibilit<\/em><em>\u00e9 <\/em>musicale et <em>insensibilit<\/em><em>\u00e9 aux charmes de la vertu<\/em> sont, chez Rameau, parties prenantes d\u2019un m\u00eame rapport au monde. \u00c0 plusieurs reprises, <em>Moi<\/em> s\u2019agace violemment face \u00e0 l\u2019immoralit\u00e9 de son interlocuteur, et le fait basculer dans le champ de la musique : \u00ab&nbsp; parlons musique&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote38sym\" id=\"sdfootnote38anc\"><sup>38<\/sup><\/a>. <em>Moi<\/em> assume lui-m\u00eame sa m\u00e9connaissance musicale. Il n\u2019est pas musicien. Nous avons d\u2019ailleurs relev\u00e9 que la musique est absente dans son programme d\u2019\u00e9ducation pourtant complet. \u00c0 la rigueur, il dira que deux ou trois ann\u00e9es d\u2019<em>harmonie<\/em> pourront \u00eatre b\u00e9n\u00e9fiques \u00e0 sa fille, mais il est clair que cet art est loin d\u2019\u00eatre sa priorit\u00e9. Rameau, quant \u00e0 lui, est professeur de clavecin. Nous estimons cependant que son talent ne se tient pas l\u00e0. Car, de fait, Rameau est un paresseux qui, dans son enseignement, ne fait pas plus preuve de vertu qu\u2019ailleurs. Mais Rameau va bien souvent \u00e0 l\u2019op\u00e9ra ; il a une connaissance profonde du r\u00e9pertoire, et une lecture fine du style fran\u00e7ais &#8211; Lulli, Campra, Destouches, Mouret &#8211; qu\u2019il d\u00e9plore pour sa <em>monotonie<\/em> et son <em>mani\u00e9risme. <\/em>Pour lui, ce sont les <em>exclamations<\/em>, les <em>interjections<\/em>, les <em>suspensions<\/em>, les <em>interruptions<\/em>, les <em>affirmations<\/em>, les <em>n\u00e9gations<\/em> qui constituent les cl\u00e9s d\u2019une belle musique. C\u2019est \u00e0 l\u2019\u00e9coute seule des <em>cris animaux de la passion<\/em> que le spectateur s\u2019exalte : il <em>invoque<\/em>, <em>crie<\/em>, <em>g\u00e9<\/em><em>mie<\/em>, <em>pleure<\/em>, <em>rie<\/em> franchement<a href=\"#sdfootnote39sym\" id=\"sdfootnote39anc\"><sup>39<\/sup><\/a>. Telle est la <em>vraie<\/em> musique. Plut\u00f4t que de parfaire quelques vers mal d\u00e9gourdis, Rameau conseille au musicien de <em>sortir de chez lui<\/em>, d\u2019\u00e9couter le discours du flatteur, d\u2019extraire l\u2019\u00e9nergie qui de lui jaillit et de le transposer \u00e0 la table. Selon lui, les hommes du monde doivent \u00eatre les <em>mod<\/em><em>\u00e8<\/em><em>les<\/em> du musicien : encore une fois, Rameau pr\u00f4ne le sens de l\u2019observation et de l\u2019\u00e9coute. Les compositeurs fran\u00e7ais s\u2019attardent sur le vers, production de l\u2019esprit qui, ind\u00e9niablement, manque de corps. \u00c0 propos de leurs \u0153uvres, Rameau dira : \u00ab&nbsp; J\u2019aimerais autant avoir \u00e0 musiquer les <em>Maximes<\/em> de La Rochefoucauld ou les <em>Pens<\/em><em>\u00e9es<\/em> de Pascal.&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote40sym\" id=\"sdfootnote40anc\"><sup>40<\/sup><\/a>. \u00c0 l\u2019\u00e9coute de Rameau, <em>Moi<\/em> dissociera chez <em>Lui<\/em> sa forte sensibilit\u00e9 musicale, qu\u2019il estime, de ses rapports immoraux, qu\u2019il d\u00e9nigre. Mais n\u2019est-ce pas l\u00e0 une erreur de jugement ? Il nous semble que cette dissociation occulte l\u2019ambivalence du <em>sujet pratique<\/em> qu\u2019est Rameau : le <em>pantomime<\/em> c\u2019est-\u00e0-dire un <em>\u00eatre d\u2019<\/em><em>imitation.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\">Rameau \u00e9coute la prose du monde. Et que ce soit dans le domaine musical ou dans les rapports sociaux qu\u2019il entretient avec ses entours, son \u00eatre r\u00e9pond du monde par l\u2019imitation. Chez <em>Lui<\/em>, nous observons deux mouvements parall\u00e8les. En soci\u00e9t\u00e9, son r\u00f4le d\u2019insens\u00e9, par sa ma\u00eetrise du <em>discord<\/em>, s\u2019<em>accorde<\/em> \u00e0 la partition g\u00e9n\u00e9rale. Quant au rapport qu&rsquo;il entretient avec la musique fran\u00e7aise de son temps, il est <em>critique<\/em>. Il ne s\u2019accorde pas \u00e0 cette musique, car, selon lui, elle manque de v\u00e9rit\u00e9. V\u00e9rit\u00e9 qui, selon ses dires, devrait \u00eatre puis\u00e9e dans le monde. Pour ce faire, il faudrait que le musicien sorte de chez lui, qu\u2019il \u00e9coute la prose actuelle du monde afin d\u2019en extraire des mod\u00e8les desquels jailliraient une certaine v\u00e9rit\u00e9 musicale. Sur ces deux points &#8211; musical et social -, Rameau ob\u00e9it \u00e0 une m\u00eame loi : l\u2019<em>imitation<\/em>. Et, \u00e9tant donn\u00e9 que la musique fran\u00e7aise actuelle n\u2019ob\u00e9it pas \u00e0 cette loi, il la conteste.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\">Qu\u2019en serait-il si <em>Moi<\/em> avait, coupl\u00e9e \u00e0 son moralisme, une <em>sensibilit<\/em><em>\u00e9 <\/em><em>musicale<\/em> vis \u00e0 vis du monde ? Imaginons, par-del\u00e0 <em>Lui<\/em> et <em>Moi<\/em>, une <em>morale<\/em> qui, jusqu\u2019au bout &#8211; et non de mani\u00e8re partielle &#8211; serait simultan\u00e9ment musicale. Nous voudrions ici proposer un bref parall\u00e8le avec un autre <em>Neveu<\/em> : <em>Le neveu de Wittgenstein<\/em> de Thomas Bernhard.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\">La forme que prend ce r\u00e9cit se distingue nettement du dialogue mis en sc\u00e8ne par Diderot. Mais il n\u2019en reste pas moins un dialogue. Il relate d\u2019une amiti\u00e9 entre le narrateur et son ancien ami Paul, qui, au moment de l\u2019\u00e9criture de ce texte, n\u2019est plus. Une seule voix nous parvient donc : celle du narrateur. Paul n\u2019y est pas moins pr\u00e9sent. \u00c0 de nombreuses reprises, le narrateur infuse son flux de paroles de son ami : \u00ab&nbsp; disait-il souvent&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote41sym\" id=\"sdfootnote41anc\"><sup>41<\/sup><\/a>, \u00ab&nbsp; je le cite&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote42sym\" id=\"sdfootnote42anc\"><sup>42<\/sup><\/a>, \u00ab&nbsp; a-t-il dit&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote43sym\" id=\"sdfootnote43anc\"><sup>43<\/sup><\/a>. Cependant, ses relev\u00e9s restent approximatifs, et le narrateur nous le rappelle d\u2019ailleurs : c\u2019est <em>mon<\/em> ami Paul, car c\u2019est <em>l\u2019image<\/em> que j\u2019ai de cet ami mort<a href=\"#sdfootnote44sym\" id=\"sdfootnote44anc\"><sup>44<\/sup><\/a>. De ce rapport ne reste que la <em>m\u00e9moire<\/em> du narrateur-ami. Ce r\u00e9cit est donc le <em>t\u00e9moignage<\/em> du narrateur, le <em>t\u00e9moignage<\/em> au sens d\u2019une parole <em>en v<\/em><em>\u00e9rit\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019<\/em><em>amiti<\/em><em>\u00e9<\/em>. Et c\u2019est dans la reprise d\u2019un ton, d\u2019une aversion g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e <em>contre<\/em> le monde que le narrateur infuse son propre mouvement de la pr\u00e9sence de son ami, Paul. Dans cet unique mouvement, d\u2019un trait, le narrateur t\u00e9moigne d\u2019une amiti\u00e9 forte, d\u2019une proximit\u00e9 entre deux \u00eatres, d\u2019un \u00e9cart aussi. Ce t\u00e9moignage d\u2019un dialogue, nous pourrions le qualifier de <em>transgressif.<\/em> C\u2019est un <em>aller contre<\/em>. <em>Aller contre<\/em> un monde qui, sous tous ses aspects, est un foyer de r\u00e9pulsion. Ce monde, le narrateur comme Paul le tiennent en horreur : ils vont <em>contre<\/em> ses enseignements, ses pratiques, ses jugements, ses compromis, la b\u00eatise de son \u00e9lite. Et ce d\u00e9nigrement &#8211; ce \u00ab&nbsp; m\u00e9canisme bien r\u00f4d\u00e9 de d\u00e9nigrement&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote45sym\" id=\"sdfootnote45anc\"><sup>45<\/sup><\/a> &#8211; passe notamment par l\u2019<em>observation<\/em> des passants, au caf\u00e9 Sacher. Leur sens aiguis\u00e9 de l\u2019<em>observation<\/em>, leur forte <em>sensibilit<\/em><em>\u00e9<\/em> se manifeste dans la <em>critique<\/em> des clients du caf\u00e9 qui, d\u00e8s lors, leur reviennent comme autant d\u2019<em>anti-mod<\/em><em>\u00e8<\/em><em>les<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\">Nous soutenons qu\u2019en plus de cette opposition<em> vis <\/em><em>\u00e0 vis du monde<\/em> &#8211; premier mouvement transgressif &#8211; s\u2019\u00e9chelonne du dessous une opposition<em> auto-immune<\/em> &#8211; deuxi\u00e8me mouvement transgressif. Car, <em>tout comme Paul<\/em>, le narrateur est de l\u2019int\u00e9rieur travaill\u00e9 par une force qui, en lui, se dresse contre son \u00eatre. \u00c0 cet \u00e9gard, nous retenons cet extrait : \u00ab&nbsp; Tout comme Paul, p\u00e9riodiquement, atteignait un niveau maximum de r\u00e9volte <em>contre lui-m\u00eame et son entourage<\/em>, et devait \u00eatre transport\u00e9 d\u2019urgence \u00e0 l\u2019asile d\u2019ali\u00e9n\u00e9s, moi aussi j\u2019atteignais p\u00e9riodiquement un niveau maximum de r\u00e9volte<em> contre moi-m\u00eame et mon entourage<\/em>, et j\u2019\u00e9tais chaque fois transport\u00e9 d\u2019urgence dans un service de pneumo-phtisiologie.&nbsp; \u00bb<a href=\"#sdfootnote46sym\" id=\"sdfootnote46anc\"><sup>46<\/sup><\/a> Le r\u00e9cit lui-m\u00eame est travaill\u00e9 du dedans par une force qui fait retour. Le retour de cette force se manifeste par un certain nombre de reprises, qui viennent accentuer la parole de v\u00e9rit\u00e9 du narrateur. Ces reprises donnent \u00e0 entendre un mouvement musical qui pourrait s\u2019apparenter \u00e0 la <em>fugue<\/em> : le \u00ab&nbsp; grotesque, grotesque&nbsp; \u00bb de Paul<a href=\"#sdfootnote47sym\" id=\"sdfootnote47anc\"><sup>47<\/sup><\/a>, le \u00ab&nbsp; je suis le plus malheureux des arrivants&nbsp; \u00bb du narrateur<a href=\"#sdfootnote48sym\" id=\"sdfootnote48anc\"><sup>48<\/sup><\/a>. Aussi, nous relevons la pr\u00e9sence de la fugue dans le vocable m\u00eame du r\u00e9cit : au pavillon o\u00f9 logent les malades des poumons, les toux aux fen\u00eatres se font <em>contrapuntiques<\/em>. D\u00e8s lors, il semble que cette logique musicale auto-immune conf\u00e8re \u00e0 la philosophie la possibilit\u00e9 d\u2019appr\u00e9hender un mouvement de pens\u00e9e qui, dans son anti-mim\u00e9tisme, n\u2019en reste pas moins musical.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\">Ce parall\u00e8le nous permet d\u2019entrevoir la limite du philosophe face au musicien de la pens\u00e9e. Rameau est pris dans une partition sociale, \u00e0 laquelle il <em>r\u00e9pond<\/em> lui-m\u00eame par un mouvement <em>comique<\/em>. Il appara\u00eet sous de multiples postures et fait preuve d\u2019une ma\u00eetrise consid\u00e9rable de son art mim\u00e9tique. Parall\u00e8lement, le narrateur et Paul qui, dans le t\u00e9moignage, nous arrivent <em>tout comme<\/em>, rendent compte d\u2019un mouvement de pens\u00e9e fondamentalement <em>transgressif<\/em> vis \u00e0 vis du monde. Et, comme nous l&rsquo;avons vu, leur mouvement musical prend la forme d&rsquo;une fugue r\u00e9pondant d&rsquo;une force par laquelle tous deux sont travaill\u00e9s. <em>Pour<\/em> la logique du monde social, <em>contre<\/em> le monde social dans une logique radicalement autre, nous avons l\u00e0 deux pens\u00e9es-artistes qui, malgr\u00e9 nous, mettent \u00e0 mal la juste mesure d\u2019un moraliste qui aura manqu\u00e9 de sensibilit\u00e9 critique.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\">\u00c0 l&rsquo;\u00e9coute de Rameau, le philosophe cherche \u00e0 avoir acc\u00e8s \u00e0 la partition du monde social de mani\u00e8re \u00e0 pouvoir la corriger. Par cette correction \u00e0 m\u00eame le texte social, le philosophe se pense auteur. C&rsquo;est dans l&rsquo;\u00e9criture d&rsquo;un nouveau code social qu&rsquo;il envisage son \u0153uvre. Cependant, cette vision d&rsquo;un texte s\u00e9par\u00e9 de sa musicalit\u00e9 est sans doute ce que Rameau d\u00e9joue. La partition sociale \u2013 si elle existe \u2013 n&rsquo;existe que dans sa mise en musique. De sorte que l&rsquo;interpr\u00e9tation est ins\u00e9parable de l&rsquo;\u00e9criture. Celui qui interpr\u00e8te le monde social, comme le fait Rameau, l&rsquo;\u00e9crit. Il lui donne toute une s\u00e9rie d&rsquo;accents, de ponctuations&nbsp; : il donne au social son <em>phras\u00e9<\/em>. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;indiff\u00e9rence de Rameau quant au statut de l&rsquo;auteur et de son \u0153uvre : <em>l&rsquo;interpr<\/em><em>\u00e9tation est une \u00e9criture<\/em>. Le philosophe cherchera peut-\u00eatre \u00e0 d\u00e9saccorder Rameau par l&rsquo;\u00e9criture d&rsquo;un nouveau code social, mais, en retour, Rameau pourra toujours redonner autant d&rsquo;accents et de ponctuations \u00e0 cette nouvelle partition, ce qui la fera d\u00e9river. Incontestablement, nous pensons qu\u2019il manque au philosophe le go\u00fbt du jeu.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\"><a href=\"#sdfootnote1anc\" id=\"sdfootnote1sym\">1<\/a><sup>\u0002<\/sup> MENIL Alain, <em>Diderot et le drame<\/em>, Paris, PUF, 1995, p. 55.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\"><a href=\"#sdfootnote2anc\" id=\"sdfootnote2sym\">2<\/a><sup>\u0002<\/sup> BALZAC Honor\u00e9 (de),<em> La Com\u00e9die humaine<\/em>, t.V., Paris, Gallimard, 1952, p. 594.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\"><a href=\"#sdfootnote3anc\" id=\"sdfootnote3sym\">3<\/a><sup>\u0002<\/sup> DIDEROT Denis, <em>\u0152uvres romanesques<\/em>, Paris, Garnier, 1962, p. 396.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\"><a href=\"#sdfootnote4anc\" id=\"sdfootnote4sym\">4<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\"><a href=\"#sdfootnote5anc\" id=\"sdfootnote5sym\">5<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 397.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\"><a href=\"#sdfootnote6anc\" id=\"sdfootnote6sym\">6<\/a><sup>\u0002<\/sup><em> ibid<\/em>, p. 420.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\"><a href=\"#sdfootnote7anc\" id=\"sdfootnote7sym\">7<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 421.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\"><a href=\"#sdfootnote8anc\" id=\"sdfootnote8sym\">8<\/a><sup>\u0002<\/sup> STENGER Gerhard, \u00ab&nbsp;Le neveu de Rameau ou l\u2019impossible morale&nbsp;\u00bb, in Open Edition, 2017, p. 72.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\"><a href=\"#sdfootnote9anc\" id=\"sdfootnote9sym\">9<\/a><sup>\u0002<\/sup> DIDEROT Denis, <em>\u0152uvres romanesques<\/em>, Paris, Garnier, 1962, p. 478.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote10anc\" id=\"sdfootnote10sym\">10<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 432.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote11anc\" id=\"sdfootnote11sym\">11<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 429.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote12anc\" id=\"sdfootnote12sym\">12<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 421.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote13anc\" id=\"sdfootnote13sym\">13<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 420.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote14anc\" id=\"sdfootnote14sym\">14<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 474.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote15anc\" id=\"sdfootnote15sym\">15<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 476.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote16anc\" id=\"sdfootnote16sym\">16<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote17anc\" id=\"sdfootnote17sym\">17<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 485.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote18anc\" id=\"sdfootnote18sym\">18<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote19anc\" id=\"sdfootnote19sym\">19<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 487.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote20anc\" id=\"sdfootnote20sym\">20<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 447.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote21anc\" id=\"sdfootnote21sym\">21<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 448.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote22anc\" id=\"sdfootnote22sym\">22<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 490.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote23anc\" id=\"sdfootnote23sym\">23<\/a><sup>\u0002<\/sup> ibid, p. 411.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote24anc\" id=\"sdfootnote24sym\">24<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 408.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote25anc\" id=\"sdfootnote25sym\">25<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 448, 449.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\"><a href=\"#sdfootnote26anc\" id=\"sdfootnote26sym\">26<\/a><sup>\u0002<\/sup> FOUCAULT Michel, <em>Histoire de la folie \u00e0 l\u2019\u00e2ge classique<\/em>, Paris, Gallimard, 1972 p. 365.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\"><a href=\"#sdfootnote27anc\" id=\"sdfootnote27sym\">27<\/a><sup>\u0002<\/sup> DIDEROT Denis, <em>\u0152uvres romanesques<\/em>, Paris, Garnier, 1962, p. 411.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote28anc\" id=\"sdfootnote28sym\">28<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 452.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote29anc\" id=\"sdfootnote29sym\">29<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote30anc\" id=\"sdfootnote30sym\">30<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 410.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote31anc\" id=\"sdfootnote31sym\">31<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 411.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote32anc\" id=\"sdfootnote32sym\">32<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 487.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote33anc\" id=\"sdfootnote33sym\">33<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 488.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote34anc\" id=\"sdfootnote34sym\">34<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 400.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote35anc\" id=\"sdfootnote35sym\">35<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote36anc\" id=\"sdfootnote36sym\">36<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 404.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote37anc\" id=\"sdfootnote37sym\">37<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 477.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote38anc\" id=\"sdfootnote38sym\">38<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 479.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote39anc\" id=\"sdfootnote39sym\">39<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 470, 471.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote40anc\" id=\"sdfootnote40sym\">40<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 470.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\"><a href=\"#sdfootnote41anc\" id=\"sdfootnote41sym\">41<\/a><sup>\u0002<\/sup> BERNHARD Thomas,<em> R\u00e9cits 1971-1982<\/em>, Paris, Gallimard, 2007, p. 738.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote42anc\" id=\"sdfootnote42sym\">42<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 740.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote43anc\" id=\"sdfootnote43sym\">43<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 764.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote44anc\" id=\"sdfootnote44sym\">44<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 767.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote45anc\" id=\"sdfootnote45sym\">45<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 751.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote46anc\" id=\"sdfootnote46sym\">46<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 721.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote47anc\" id=\"sdfootnote47sym\">47<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 748, 774.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote48anc\" id=\"sdfootnote48sym\">48<\/a><sup>\u0002<\/sup> <em>ibid<\/em>, p. 771, 772.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 propos du Neveu de Rameau de Denis Diderot. La pens\u00e9e de Diderot se structure par la fabrique d\u2019\u00e9chantillons de situations au sein de la soci\u00e9t\u00e9 dont il est le contemporain. En cela, sa pens\u00e9e est r\u00e9aliste. 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