{"id":259,"date":"2023-07-21T22:41:26","date_gmt":"2023-07-21T20:41:26","guid":{"rendered":"https:\/\/laviemanifeste.com\/merciercamierisidore\/?p=259"},"modified":"2024-03-26T20:05:25","modified_gmt":"2024-03-26T19:05:25","slug":"linformation-est-notre-charbon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laviemanifeste.com\/merciercamierisidore\/index.php\/2023\/07\/21\/linformation-est-notre-charbon\/","title":{"rendered":"L&rsquo;information est notre charbon"},"content":{"rendered":"\n<p align=\"justify\">Si la t\u00e2che de la cybern\u00e9tique consiste en la d\u00e9couverte d\u2019un <em>ordre dans le d\u00e9sordre<\/em>, c\u2019est <em>contre<\/em> le dualisme que Norbert Wiener constituera une th\u00e9orie physique du vivant. Avec Descartes, l\u2019homme est en capacit\u00e9 d\u2019infl\u00e9chir une logique \u00e0 la <em>mati\u00e8re<\/em> qui, devant lui, s\u2019\u00e9tend dans l\u2019espace (<em>res extensa<\/em>). Ainsi pense-t-il l\u2019<em>animal-machine<\/em> du point de vue de la mati\u00e8re qui constitue l\u2019organisme, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019animal-machine comme <em>corps sans pens\u00e9e<\/em>. Car, parall\u00e8lement \u00e0 la mati\u00e8re, l\u2019<em>esprit <\/em>subsiste en tant que substance immat\u00e9rielle et indivisible (<em>res cogitans<\/em>). Avec la machine de Turing &#8211; con\u00e7ue en 1936 par Alan Turing, soit moins de dix ans avant les premi\u00e8res Conf\u00e9rences Macy o\u00f9 s\u2019amor\u00e7a le projet cybern\u00e9tique -, il devient pensable d\u2019envisager une <em>machine qui pense<\/em>. La <em>pens\u00e9e<\/em>, nous l\u2019entendons ici comme un mode de raisonnement qui, depuis Descartes, s\u2019apparente au calcul, c\u2019est-\u00e0-dire un mode de raisonnement logique, constituant ses <em>d\u00e9ductions<\/em> selon des <em>r\u00e8gles non-ambigu\u00ebs<\/em>. Dans la machine concr\u00e8te (calculateur), comme dans la machine abstraite (pens\u00e9e) il appara\u00eet qu\u2019un m\u00eame <em>dispositif de d\u00e9clenchement<\/em> est \u00e0 l\u2019\u0153uvre : le <em>seuil<\/em>. L\u2019\u00e9metteur re\u00e7oit l\u2019<em>\u00e9nergie<\/em> du signal qui lui a \u00e9t\u00e9 transmis. Mais, ce que l\u2019\u00e9metteur interpr\u00e8te, c\u2019est le<em> signal en tant que signal : <\/em>de l\u2019\u00e9nergie du signal re\u00e7ue, il interpr\u00e8te donc une<em> information. <\/em>C\u2019est \u00e0 partir de ce <em>dispositif conceptuel<\/em> que s\u2019\u00e9noncera, avec Wiener, la possibilit\u00e9 de conf\u00e9rer au vivant un m\u00eame <em>dispositif de d\u00e9clenchement<\/em>. D\u00e8s lors, nous nous pr\u00eaterons \u00e0 l\u2019exercice de pens\u00e9e auquel nous invite Norbert Wiener. Cependant, comme un \u00e9cart qu\u2019il nous semble n\u00e9cessaire de maintenir, nous composerons \u00e0 partir du contrepoint que voici : Sommes-nous une <em>cellule<\/em> dans un organisme ou un <em>sujet<\/em> dans une communaut\u00e9 ? Car si la cybern\u00e9tique consiste en la d\u00e9couverte d\u2019un ordre au fondement du vivant, l\u2019ordre de son discours n\u2019en reste pas moins double : scientifique et philosophique. D\u00e8s lors, il nous faudra traquer ce qui, dans l\u2019ordre d\u2019un tel discours, ab\u00eeme philosophie et politique.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\">L\u2019identit\u00e9 physique de l\u2019individu ne consiste pas dans la <em>mati<\/em><em>\u00e8<\/em><em>re<\/em> dont il est compos\u00e9 : il ne s\u2019agira donc plus d\u2019en mesurer l\u2019\u00e9tendue (<em>res extensa<\/em>). D\u2019une part, Wiener nous apprend qu\u2019il s\u2019agira plut\u00f4t de saisir la <em>continuit<\/em><em>\u00e9 des processus<\/em> sur lesquels l\u2019organisme repose.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\">Depuis la <em>sc\u00e8ne conceptuelle<\/em> qu\u2019est la machine de Turing, nous savons que tout ce qui peut \u00eatre calculable peut l&rsquo;\u00eatre par une machine, et que toute fonction calculable est mod\u00e9lisable par une machine. Admettons qu&rsquo;en retour de cette v\u00e9rit\u00e9 toute simple, nous soyons en capacit\u00e9 de trouver une fonction \u00e0 m\u00eame le vivant qui le rende lui aussi mod\u00e9lisable. Il nous faudrait d&rsquo;abord renoncer \u00e0 toute psychologisation, car ce que nous aurions \u00e0 isoler, c&rsquo;est une fonction de calcul. Une fonction du type : <em>atteindre un but pr\u00e9cis<\/em>. Atteindre une cible. Attraper un verre, tenir un stylo, sauter par-dessus une barri\u00e8re, mais aussi ne pas tomber du haut du 7\u00b0 \u00e9tage en marchant sur le rebord de la fen\u00eatre. Cette fonction, \u00ab&nbsp;atteindre un but pr\u00e9cis&nbsp;\u00bb, nous dirons d&rsquo;elle qu&rsquo;elle est <em>asservi<\/em><em>e \u00e0 un but<\/em> (<em>telos<\/em>). Nous avons donc isol\u00e9 une fonction de calcul. Mais qu&rsquo;est-ce qui en elle se mesure et se calcule ? Autrement dit, comment cette fonction devient pour nous calculable et donc mod\u00e9lisable pour une machine ? Quelle mesure trouver en elle ? Si elle est asservie, n&rsquo;est-il pas possible de mesurer en elle une <em>quantit<\/em><em>\u00e9 d\u2019ordres<\/em> ? Cette quantit\u00e9 d\u2019ordres, Wiener l\u2019appelle l\u2019<em>information<\/em>. Cette information compos\u00e9e d&rsquo;une quantit\u00e9 d\u2019ordres, l\u2019avons-nous trouv\u00e9e, au sens o\u00f9 elle attendait son <em>d\u00e9voilement<\/em> ? Ou l\u2019avons-nous invent\u00e9e, au sens o\u00f9 nous l&rsquo;avons <em>provoqu\u00e9e<\/em> ? Ne sommes-nous pas partis en qu\u00eate d&rsquo;une fonction de calcul ? N&rsquo;avions-nous pas en t\u00eate l&rsquo;id\u00e9e de mod\u00e9liser le vivant ? Et, ce faisant, n&rsquo;avons-nous pas <em>interpell\u00e9<\/em> l&rsquo;homme afin qu&rsquo;il nous livre ce qu\u2019en lui nous recherchions ? N&rsquo;a-t-il pas r\u00e9pondu positivement \u00e0 notre demande ? Incontestablement. Quelque chose en l&rsquo;homme se pr\u00eate au calcul, quelque chose le rend mod\u00e9lisable. Mais n&rsquo;est-ce pas \u00e0 la condition de l&rsquo;asservir ? De l&rsquo;asservir puisque c&rsquo;est asservi qu&rsquo;il se laisse mod\u00e9liser ? Asservi nous l&rsquo;avons trouv\u00e9, asservi il sera mod\u00e9lis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\">Maintenant, il s\u2019agira de voir en quoi l\u2019individualit\u00e9 biologique de l\u2019organisme se tient dans le <em>souvenir <\/em>que l\u2019organisme poss\u00e8de de son d\u00e9veloppement pass\u00e9. L\u2019unit\u00e9 formelle de l\u2019organisme &#8211; que Wiener rapporte \u00e0 une <em>flamme<\/em>, \u00e0 une <em>forme<\/em> qui peut \u00eatre <em>transmise<\/em>, <em>modifi<\/em><em>\u00e9e<\/em> et, dans une certaine mesure, <em>dupliqu\u00e9e<\/em> &#8211; est une totalit\u00e9 complexe, mue par un m\u00e9canisme de <em>stabilisation<\/em> (<em>hom\u00e9<\/em><em>ostasie<\/em>), qui vient r\u00e9guler en lui tout risque de d\u00e9litement. Ainsi est-il en capacit\u00e9 de s\u2019adapter et de s\u2019auto-organiser.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\">L&rsquo;information que nous avons \u00e9tablie comme quantit\u00e9 d&rsquo;ordres &#8211; une quantit\u00e9 d\u2019ordres qui lui permet d\u2019atteindre un <em>but<\/em> &#8211; porte en elle son propre commandement. Car, tout le long du d\u00e9ploiement de la fonction, celle-ci doit pouvoir s&rsquo;ajuster, afin que le but soit r\u00e9alis\u00e9. De sorte que s&rsquo;il me faut attraper un stylo en plein vol en tournant sur moi-m\u00eame, il faut aussi que dans la dur\u00e9e de l&rsquo;action et dans la distance qui me s\u00e9pare de l&rsquo;objet, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans toute l&rsquo;\u00e9tendue spatio-temporelle de l&rsquo;action, un<em> retour d\u2019information<\/em> (<em>feed-back<\/em>) soit possible, sans quoi la fonction asservie ne serait pas ajust\u00e9e. Au sein m\u00eame de l&rsquo;information, la quantit\u00e9 d&rsquo;ordres fait n\u00e9cessairement l&rsquo;objet d&rsquo;un calcul d&rsquo;ajustement. Ce calcul s&rsquo;op\u00e8re tout au long de la transmission de l&rsquo;information. De mes nerfs \u00e0 mes muscles, de mon \u0153il \u00e0 mon bras, de mes tendons \u00e0 mon touch\u00e9. Si le calcul est continu, le but doit n\u00e9cessairement se rendre lisible dans toute la dur\u00e9e de l&rsquo;action. La fonction asservie, c&rsquo;est donc une quantit\u00e9 d&rsquo;ordres qui fait toujours l&rsquo;objet d&rsquo;un calcul \u00e0 m\u00eame sa transmission. De sorte qu&rsquo;une information n&rsquo;est pas seulement une quantit\u00e9 d\u2019ordres : c\u2019est aussi un<em> recalcul<\/em>. Ainsi d&rsquo;une cellule \u00e0 l&rsquo;autre, la m\u00e9moire du message se transmet, ainsi d&rsquo;une cellule \u00e0 l&rsquo;autre l&rsquo;ajustement a lieu. Cet organisme qui, recalculant sans cesse, fait retour sur lui-m\u00eame ; cet organisme qui s&rsquo;ajuste, s\u2019adapte ; cet organisme qui dispose d&rsquo;une machine \u00e0 calculer pour diriger son action ; cet organisme qui fait cela sans le d\u00e9cider, puisque ce sont ses cellules qui le font pour lui, puisque c&rsquo;est au c\u0153ur de ses fonctions les plus primaires ; cet organisme-l\u00e0 se laisserait-il gouverner en retour par une machine d\u00e8s lors qu&rsquo;il souhaiterait atteindre des buts politiques ? Mais gouverner, est-ce ajuster ? Ce gouvernement qui &#8211; parce qu&rsquo;il a pr\u00e9lev\u00e9 des mesures sur un organisme, parce qu&rsquo;il dispose d&rsquo;une machine \u00e0 calculer &#8211; oriente, anticipe et conduit, est-il autre chose que de la biopolitique ? Ou n&rsquo;en n&rsquo;est-il pas simplement une r\u00e9plique plus scientifique encore, plus anonyme encore, plus impersonnelle et paradoxalement plus concentr\u00e9e ? Et cet organisme que nous avons trouv\u00e9 asservi, ne nous nous livre-t-il pas maintenant le secret de son autogouvernement ?<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\">Si nous avons expos\u00e9 ces id\u00e9es, ce n\u2019est pas dans le d\u00e9sir d\u2019\u00e9crire un r\u00e9cit d\u2019anticipation scientifique avec la possibilit\u00e9 qu&rsquo;une machine gouverne les hommes, mais parce que cela peut nous aider \u00e0 comprendre que l\u2019id\u00e9e ma\u00eetresse de l&rsquo;art de gouverner, c\u2019est <em>sa r\u00e9flexivit\u00e9<\/em>. Le gouvernement est <em>un art du feed-back.<\/em> Voil\u00e0 ce qu\u2019avec Wiener, nous enseigne le dispositif conceptuel qu\u2019est la machine de Turing.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\">Admettons que l&rsquo;<em>art<\/em> de gouverner soit une technique, et que celle-ci puisse \u00eatre proth\u00e9tis\u00e9e. Pour proth\u00e9tiser l&rsquo;art de gouverner et le rendre plus efficient, il nous faut identifier le si\u00e8ge o\u00f9 s&rsquo;exerce cet art, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il nous faut identifier dans quel organe <em>\u00e7a gouverne<\/em>. Nous avons vu que le feed-back est l&rsquo;op\u00e9ration d&rsquo;ajustement, qu&rsquo;en lui se tient la m\u00e9moire du but, le souvenir du trajet d\u00e9j\u00e0 accompli et l&rsquo;\u00e9valuation du trajet qu&rsquo;il reste \u00e0 accomplir. En ce sens, il est le <em>gouvernail<\/em>. Mais o\u00f9 si\u00e8ge exactement le feed-back ? Ce feed-back, nous avons vu qu&rsquo;il se tient dans la machine \u00e0 calculer. La machine \u00e0 calculer n\u2019est-elle pas au point exact de la transmission de messages ? Si oui, nous pouvons affirmer avec Wiener que <em>l&rsquo;id<\/em><em>\u00e9e ma\u00eetresse de la communication, c&rsquo;est la transmission<\/em>. Mais, si la transmission est le si\u00e8ge du gouvernement, celui-ci est partout, en tout point et \u00e0 chaque connexion. Il ne peut \u00eatre localisable en une instance. \u00c0 partir de l\u00e0, nous voyons que le gouvernail se tient dans le r\u00e9seau, ou qu&rsquo;il a lieu dans l&rsquo;interaction. Faisons ensemble l&rsquo;hypoth\u00e8se que la machine \u00e0 calculer est l&rsquo;autogouvernement devenu proth\u00e8se technique. Apr\u00e8s tout, n&rsquo;est-ce pas les machines qui, d\u00e9j\u00e0, gouvernent des centrales nucl\u00e9aires ? N\u2019y a-t-il pas, d\u00e9j\u00e0, des machines qui gouvernent des syst\u00e8mes techniques ?<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\">\u00c0 ce stade, il nous faut rappeler que la pens\u00e9e cybern\u00e9tique se d\u00e9ploie dans un syst\u00e8me technique. L\u2019i<em>nformation &#8211; <\/em>cet objet nouveau que nous avons \u00e9tabli &#8211; n&rsquo;existe que dans un syst\u00e8me technique. Il n&rsquo;existe qu&rsquo;\u00e0 la condition du quantifiable, du mesurable, du calculable. Hors de la mesure, point d&rsquo;informations. Pour faire jouer la machine \u00e0 calculer comme l&rsquo;organe r\u00e9flexif devenu proth\u00e8se technique, il faut l&rsquo;ins\u00e9rer dans un syst\u00e8me technique. Il faut que les soci\u00e9t\u00e9s soient elles-m\u00eames des syst\u00e8mes techniques. En un sens, il est vrai que les soci\u00e9t\u00e9s sont des syst\u00e8mes techniques. En un autre sens, quelque chose en elles s&rsquo;y refuse. Si, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, il n&rsquo;y a pas une politique aujourd&rsquo;hui qui ne se propose comme efficiente vis-\u00e0-vis d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9crite et constitu\u00e9e comme syst\u00e8me technique, il y a en revanche un conflit sur les formes de vies elles-m\u00eames. Un conflit sur le <em>bios<\/em>, le vivant et son arraisonnement dans le vaste syst\u00e8me technique des soci\u00e9t\u00e9s modernes. Nous nous demandions si <em>gouverner<\/em> pouvait \u00eatre r\u00e9ductible \u00e0 l&rsquo;ajustement, au r\u00e9flexif, au calcul. Maintenant, nous nous demandons si l&rsquo;autogouvernement des soci\u00e9t\u00e9s humaines devenues syst\u00e8mes techniques est l&rsquo;\u00e9quivalent de ce qui, dans la tradition politique, a \u00e9t\u00e9 cherch\u00e9 sous les noms d\u2019auto-organisation, d&rsquo;autonomie, d\u2019autogestion. Il n&rsquo;est pas impossible que derri\u00e8re l&rsquo;<em>auto<\/em> se trame toujours un d\u00e9sir d&rsquo;\u00e9mancipation. \u00c9mancipation vis-\u00e0-vis de la condition humaine &#8211; la technique arrim\u00e9e au progr\u00e8s y aura jou\u00e9 un r\u00f4le -, \u00e9mancipation vis-\u00e0-vis du pouvoir transcendantal &#8211; \u00ab&nbsp;ni Dieu, ni Ma\u00eetre&nbsp;\u00bb. L\u2019Homme, ce sujet politique qui appara\u00eet avec la modernit\u00e9 est ins\u00e9cable de l\u2019<em>auto<\/em>, du moins de son d\u00e9sir d\u2019<em>auto<\/em>. Mais, cet homme qui, partout ne rencontre plus que l&rsquo;homme, n&rsquo;est-il pas bien seul aujourd&rsquo;hui ? Ne cherche-t-il pas partout du non-humain avec qui \u00e9tablir une politique nouvelle ? Sans doute la machine \u00e0 calculer se pr\u00e9sente-t-elle pour lui comme l&rsquo;ultime mirage d&rsquo;une alt\u00e9rit\u00e9 radicale avec laquelle composer du multiple. Alt\u00e9rit\u00e9 radicale : la machine n&rsquo;est pas humaine. Les relations homme-machine ne sont plus \u00e0 d\u00e9montrer, elles sont l\u00e0, dans le quotidien le plus banal. Et de cette relation continu\u00e9e, un apprivoisement s&rsquo;op\u00e8re, de l&rsquo;homme \u00e0 la machine de la machine \u00e0 l&rsquo;homme. Mais il ne suffit pas de peupler la terre d&rsquo;une esp\u00e8ce non-humaine pour que du multiple ait lieu, encore faut-il des rationalit\u00e9s autres. Mais ce n&rsquo;est pas encore l\u00e0 que se tient le mirage. S&rsquo;il y a mirage, c&rsquo;est que l\u2019information, nous pouvons l&rsquo;extraire de toute esp\u00e8ce. Tout ce qui vit d\u00e9tient de l&rsquo;information. De sorte que cet homme cherchant \u00e0 sortir de sa solitude, cherchant \u00e0 nouer une politique nouvelle avec le vivant, fait de l&rsquo;information &#8211; ce nouvel objet qui n&rsquo;est <em>ni mati<\/em><em>\u00e8<\/em><em>re ni \u00e9<\/em><em>nergie<\/em> -, le moyen par lequel une communaut\u00e9 du vivant serait possible. Faisant cela, c&rsquo;est tout le vivant qui est appel\u00e9 \u00e0 servir un but. Et nul doute que dans des temps futurs, nous jugerons l&rsquo;extraction effr\u00e9n\u00e9e de l&rsquo;information, qui nous aura conduit au-del\u00e0 de l&rsquo;Anthropoc\u00e8ne, comme nous jugeons aujourd\u2019hui nos soci\u00e9t\u00e9s fossiles \u00e0 l\u2019heure de l\u2019Anthropoc\u00e8ne. Dans ces temps futurs, l&rsquo;homme se d\u00e9couvrira \u00e0 nouveau bien seul. On ne l&rsquo;aura pas assez dit ici, ni ailleurs sans doute, la cybern\u00e9tique est un projet extractiviste. L&rsquo;information est notre charbon.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\">Qu\u2019alternativement \u00e0 la cellule que Wiener nous enjoint d\u2019\u00eatre, nous soyons <em>sujets<\/em> d\u2019une communaut\u00e9 nous am\u00e8ne \u00e0 poser un autre regard sur la figure qu\u2019est Bartleby. Car, si son \u00ab&nbsp;Je pr\u00e9f\u00e8rerais ne pas&nbsp;\u00bb est, \u00e0 premi\u00e8re vue, l\u2019axiome m\u00eame du refus, de sa mort sociale et donc, pour certains, de sa propre mort, ce refus est le refus d\u2019un certain monde. Ce que, paradoxalement peut-\u00eatre, nous apprend le r\u00e9cit de Melville, c\u2019est que ce \u00ab&nbsp;Je pr\u00e9f\u00e9rerais ne pas&nbsp;\u00bb ne se refuse point \u00e0 une cosmogonie alternative. C\u2019est, du moins, notre id\u00e9e. Que la mod\u00e9lisation du <em>m\u00eame<\/em> soit bless\u00e9e par cette figure \u00e9trange est, pour nous, le signe d\u2019une <em>contamination<\/em>. Car, s\u2019il y a bel et bien refus d\u2019un monde chez Bartleby, nous soutenons que ce refus est sous-tendu par autre chose. Bartleby est un <em>passage<\/em> &#8211; un passage parmi les passages &#8211; qu\u2019il s\u2019agit pour nous de prendre au s\u00e9rieux. Au bord des mondes.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si la t\u00e2che de la cybern\u00e9tique consiste en la d\u00e9couverte d\u2019un ordre dans le d\u00e9sordre, c\u2019est contre le dualisme que Norbert Wiener constituera une th\u00e9orie physique du vivant. Avec Descartes, l\u2019homme est en capacit\u00e9 d\u2019infl\u00e9chir une logique \u00e0 la mati\u00e8re qui, devant lui, s\u2019\u00e9tend dans l\u2019espace (res extensa). 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