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Erynies

Erynies, extrait d’une pièce en cours de Florent Draux

Lui est sur le devant de la scène. Main droite dans la poche ; main gauche serrée sur le coude droit. Tête baissée. Il est éclairé de jaune. Il ne dira rien.
Trois jeunes filles tournent autour de lui. Elles sont vêtues de robes d’été, très simples et blanches. Elles s’agitent, hystériques. En furie. Mouvements désordonnés ; Danse rythmée.

Jeune fille I

Jeune fille II

Jeune fille III

Reflet qui surface

Persona plus coupée

Etain que jamais

Elles s’approchent.

Métro

De carcasses

Aux regards

Elles crient dans ses oreilles.
Motus!                                                         Motus!                                                    Motus!

Elles se reculent.

Mouton

Et tranche

Ils demandent

La gorge

La rigole

Et la loi

Elles crient dans ses oreilles et rient.
Encore                                                        Encore                                                    Encore

Choisis!

Choisis!

Choisis!

Choisis!                                                    Choisis!                                                    Choisis!

Elles l’encadrent, l’une des trois est derrière lui sur la table. Elles le frappent d’une claque sur la tête ; celle de derrière, de ses deux mains, paumes en avant.

Baisse

Baisse

Les yeux

Elles se reculent

Fantôme

Babine

Sous dôme badine

Vile

Vie

Pleure

Décuplée ici

Elles s’approchent

Métro

De carcasses

Aux regards

Elles crient dans ses oreilles

Motus!                                                         Motus!                                                    Motus!

Tous tes

Gestes

Cent fois

Faits

Acteur

Aux mille

Noms

Elles crient dans ses oreilles.
Bâtard !                                                      Bâtard                                                      Bâtard

Père

Connu !

Mille fois

Porc

Mère

Connue !

Mille fois

Elles crient dans ses oreilles.
Chienne !                                                     Chienne !                                        Chienne !

Elles le pincent, l’assaillent.

Qui es tu ?

Que fais tu ?

Décline ton identité !

Quelle est ta race ?

Quel est ton rang ?
Avoue !                                                         Avoue !                                               Avoue !

Elles se reculent

Chante, chante encore

Un peu que tu sais qu’alors

Puis tais mieux

Pas fort

Faible

Car c’est à toi

C’est ta voix

C’est toi

Que tu vas taire

Le blanc

Rien

La prairie comme au premier son

Cru refuge?

Ah ah

Murs approchent

Pièce pire

Carré

Mais coins pris

Elles crient dans ses oreilles
Bloc!                                                              Bloc!                                                       Bloc!

Elles se reculent

Dévie envie et tranchant couche

Sens dessus dessous

Dévie désir et tranchant touche

Engages-toi!

Engages-toi!

Engages-toi!

Elles l’encadrent, l’une des trois est derrière lui sur la table. Les deux sur les côtés le frappent au ventre ; celle de derrière sur la tête, paumes en avant. Il se plie
On salue!                                                     On salue!                                            On salue!

Elles se reculent

Je me crois

Tu te crois

Il se croit

Nous y croyons tous!                      Nous y croyons tous!                   Nous y croyons tous!

Enclenche

Déclenche

Mais semble fixe :

Flotte!                                                          Flotte!                                                    Flotte!

Le blanc

Rien

La prairie comme au premier son

Cru refuge?

Ah ah!

Sue

Sang

Dessous

Ah ah!

Construis!

Construis!

Construis!

Elles l’encadrent, l’une des trois est derrière lui sur la table. Les deux sur les côtés le frappent derrière les genoux ; celle de derrière sur la tête, paumes en avant. Il se met à genoux
A genoux!                                                     A genoux!                                      A genoux!

Elles restent près de lui.

Au centre tu restes

Autour ils décident

Ils font et tu te tais

Et au fond tu sais

Que c’est ta voix que tu as tu

Et les colonnes ploient mais droites

Et tu stagnes

La voix

Coincée

Au creux de la gorge

La gorge

Tranchée!

Métro

De carcasses

Aux regards

Elles crient dans ses oreilles.
Motus!                                                           Motus!                                                   Motus!

Dévie sexe

Et tranchant

Mots

Persona brise

Persona frise

Etain que jamais

Béante un œil en son sein origine à coup sûr

Avale! Avale!

Dans la fontaine, tchak : t’es mort!

D’un salon ai vu mât

Et la vigie :

Ôé!

Anédonie

Anédonie

Vaste pays

Balance à la corde

Le tabouret couché

Personne ne va savoir

Comment tu vas finir

Reflet qui s’efface

Masque décollé

Persona rit

Persona vit

Eteinte à jamais

Car pas sans le blanc

L’oscille de la corde

Le mot

Motus

Tabou

Tu meurs!

Comment il est sous sa robe ?

Il est prêt

Pour son procès


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Alors on a ouvert une cagnotte.


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